"Fifty Shades of Grey" : Du SM qui fleure la guimauve

En fait de nuances, la réalisatrice Sam Taylor-Wood en a bien moins que cinquante dans sa mise en scène. Mais côté grisaille, pas de souci : c’est terne à souhait. Surprise, toutefois, les acteurs apportent ici ou là un brin de légèreté. Critique.

"Fifty Shades of Grey" : Du SM qui fleure la guimauve
©DR
A.Lo.

Adaptation sans nuance du best-seller érotico-bondage de E.L. James.

Rappel pour ceux qui ont fait vœu d’abstinence médiatique : "Fifty Shades of Grey" est une romance érotique écrite par la Britannique E.L.James, best-seller caractéristique de notre époque "buzze-moi" : né sur le web, transformé en phénomène éditorial par son parfum vaguement sulfureux.

Qui dit best-seller dit adaptation cinéma des émois d’Anastasia, étudiante en littérature, qui flashe sur Christian Grey, milliardaire de 28 ans un peu ténébreux. La première rencontre, pour une interview, est prémonitoire : Ana se vautre à quatre pattes devant l’intéressé.

Quatre questions insipides plus tard, l’oie blanche et le businessman sentent résonner en eux le coup de foudre. Heureusement que Christian est milliardaire : il a les moyens de retrouver les traces d’Ana et de lui en mettre plein la vue. Non pas que ça compte pour cette jeune fille pure, mais un lift en hélicoptère au-dessus de Seattle, ça aide à s’envoyer en l’air…

Pas pute, donc, mais rapidement soumise, car le truc de Christian, c’est la domination. Mais que les âmes sensibles et romantiques se rassurent : si SM il y a bien, il fleure la guimauve de Barbara Cartland, comme en étaient parfumés les vampires de "Twilight". Pas de hasard : miss James a commencé "50 Shades…" comme une fanfiction mettant en scène Edward Cullen et Bella Swan, héros de la saga de Stephenie Meyer.

Ana et Bela, Blanche-Neige modernes, poursuivent le même combat, à faire blêmir celles qui naguère brûlèrent leur soutien-gorge : chéri, fais-moi mal, que je soupire dans tes bras. C’est peut-être une métaphore (très) transparente de la violence domestique. Ou une méditation sur les paradoxes de l’amour, façon "Je t’aime, moi non plus".

Mais pour le soufre et la luxure, option perversion, on lira plutôt le compte rendu auditions du procès du Carlton. Question émoi, la prose d’E.L. James était plus humide que cette représentation, certes très dénudée (Dakota Johnson paie de sa plastique), mais bien sage : une fessée par-ci, un coup de cravache par là, ni sang, ni hématome. Et un peu de moralisme au passage : si Christian dévie, c’est à cause d’une adolescence difficile...

En fait de nuances, la réalisatrice Sam Taylor-Wood en a bien moins que cinquante dans sa mise en scène. Mais côté grisaille, pas de souci : c’est terne à souhait. Surprise, toutefois, les acteurs apportent ici ou là un brin de légèreté, en quasi-parodie hot d’une comédie romantique du cru - voir la fameuse scène du contrat : "- Fist anal ? Non... Fist vaginal ? Sûrement pas !" Mais la psychologie des deux amants tenant sur une carte de multiplexe, ils en sont réduits à lever les yeux au ciel (elle) ou à froncer les sourcils (lui), entre deux flagellations.

Le plus gros hic, le péché originel de cette adaptation, c’est précisément de mettre des images sur les fantasmes que distillait le roman - peu importe le talent littéraire de l’auteure. L’enjeu dramatique étant rapidement défloré, "Cinquante nuances de gris" vire rapidement à la cinglante séance d’ennui. Pas de quoi fouetter un(e) chat(te).


Réalisation : Sam Taylor-Wood. Scénario : Kelly Marcel, d’après E.L. James. Avec Jamie Dornan et Dakota Johnson. 2h05.


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