Oscars: "Birdman", grand vainqueur, couronné meilleur film (Photos)

Le film The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson, a remporté quatre prix à la 87e cérémonie des Oscars, dimanche à Los Angeles. Mais c'est Birdman, grand favori, qui a été sacré meilleur film. Son réalisateur, Alejandro González Iñárritu, a été aussi récompensé. Découvrez le palmarès complet!

Alain Lorfèvre
Oscars: "Birdman", grand vainqueur, couronné meilleur film (Photos)
©AFP

Voici la liste des gagnants de la 87e cérémonie des Oscars.

Meilleur film: "Birdman" ( lire la critique ici)

Meilleur réalisateur: Alejandro González Iñárritu, "Birdman"

Meilleure actrice: Julianne Moore, "Still Alice"

Meilleur acteur: Eddie Redmayne, "Une merveilleuse histoire du temps"

Meilleur acteur second rôle: J.K. Simmons, "Whiplash"

Meilleur actrice second rôle: Patricia Arquette, "Boyhood"

Meilleur film en langue étrangère: "Ida" (Pologne)

Meilleur film d'animation: "Les nouveaux héros"

Meilleure photographie: Emmanuel Lubezki, "Birdman"

Meilleurs costumes: "The Grand Budapest Hotel"

Meilleurs maquillages et coiffures: "The Grand Budapest Hotel"

Meilleure direction artistique: "The Grand Budapest Hotel"

Meilleur court métrage documentaire: "Crisis Hotline: Veterans Press 1"

Meilleur court métrage de fiction: "The Phone Call"

Meilleur court métrage d'animation: "Festin"

Meilleur mixage sonore: "Whiplash"

Meilleur montage sonore: "American Sniper"

Meilleurs effets spéciaux: "Interstellar"

Meilleur montage: Tom Cross, "Whiplash"

Meilleur documentaire: "Citizenfour"

Meilleure chanson: Glory, "Selma"

Meilleure bande originale: Alexandre Desplat, "The Grand Budapest Hotel"

Meilleur scénario original: "Birdman"

Meilleur scénario adapté: "The Imitation Game"


LE FIL DE LA SOIRÉE

Il y a eu peu de surprise durant la 87e Cérémonie des Oscars. Même le déluge qui a imbibé le tapis rouge du Dolby Theatre de Los Angeles, avait été annoncé par la météo.

Le plus grand suspense portait finalement sur les deux titres suprêmes - Meilleur réalisateur et Meilleur film. Serait-ce le multiprimé "Boyhood" de Richard Linklater, chronique d'une famille tournée sur douze ans, ou "Birdman" d'Alejandro Gonzalez Inarritu, joyeux drame sur une guerre d'ego, non dénué de mise en abîme sur les réalités du showbiz ?

In fine, c'est le dernier qui s'est imposé en récoltant en outre les Oscars du meilleur scénario original et de la meilleure photographie.


Doublé mexicain

Comme son compatriote Alfonso Cuaron avec son "Gravity", l'année dernière, Inarritu s'est levé deux fois. Les 6000 membres de l'Académie du Arts et du Sciences du Cinéma ont choisi la maestria visuelle de "Birdman". Et, partant, ont salué pour la deuxième année consécutive l'inventivité et la maîtrise technique d'un réalisateur mexicain. Lesquels portent chance au directeur de la photographie Emmanuel Lubezki, puisque "Gravity" lui avait déjà valu un Oscar il y a un an.

Habitué de la Cérémonie, depuis son premier film "Amours Chiennes", nommé dans la catégorie Meilleur film en langue étrangère en 2000, Alejandro Gonzalez Inarritu n'avait jamais reçu d'Oscar. En 2007, nommé sept fois, son phénoménal "Babel" n'avait récolté aucune récompense.


Les acteurs sur du velours

Dans les autres catégories "maîtresses", toutes les prévisions - qui étaient aussi les nôtres - se sont confirmées. Julianne Moore a - enfin - remporté l'Oscar de la Meilleure actrice pour son interprétation d'une femme victime de la maladie d'Alzheimer dans "Still Alice". Si ce type de rôle est régulièrement synonyme d'Oscar, il convient de souligner les nuances du scénario et la grande pudeur de l'interprétation de la comédienne. Rarement prix n'a été autant mérité, que ce soit en regard de la prestation ou de l'ensemble de la carrière - sans faute - de l'artiste.

Eddie Redmayne, lui, à 33 ans, réalise sa percée avec son premier Oscar du Meilleur acteur pour sa première nomination. Tous les pronostics le donnaient gagnant pour son incarnation du scientifique Stephen Hawking dans "The Theory of Everything". Le prix vaut autant pour la qualité d'une interprétation plus physique que mimétique que pour, de l'avis général, sa "campagne" remarquable : "les Anglais savent charmer" a commenté notre consoeur du "New York Times".

Pour les seconds rôles, Patricia Arquette a offert le seul prix de consolation à "Boyhood". Elle conclut là une récolte d'une vingtaine de prix depuis le début de l'année, tout comme J.K. Simmons, martial professeur de jazz dans "Whiplash" de Damien Chazelle. La fin d'une formidable aventure, comme l'a rappelé le comédien, puisqu'il avait à l'origine accepté un rôle dans le court métrage du réalisateur débutant, il y a trois ans, qui est finalement devenu ce film-phénomène. A soixante ans, Simmons doit à Chazelle son premier Oscar - après une moisson considérable dans d'autres palmarès depuis un an.


Les perdants

Après sa formidable récolte de prix aux Golden Globes et dans d'autres palmarès, "Boyhood" de Richard Linklater repart donc pratiquement bredouille, hormis le prévisible Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle à Patricia Arquette. L'autre grand perdant de la soirée est "The Grand Budapest Hotel" de Wes Anderson, qui a dû se contenter des Oscars du Meilleur maquillage et de la Meilleure musique. Notons quant à ce dernier, que le compositeur Alexandre Desplat, qui était aussi nommé pour "The Imitation Game", a enfin remporté un Oscar, après sept nominations précédentes infructueuses.

Le contesté "American Sniper" de Clint Eastwood, nommé sept fois, n'a reçu aucun prix. A l'inverse, alors que d'aucuns avaient été choqué par ses deux seules nominations, "Selma", récit de la lutte pour les droits civiques de Martin Luther King en 1965, a reçu l'Oscar de la Meilleure chanson originale. Prix certes dérisoire en regard du contenu politique et historique du film, mais qui a donné lieu à un très beau moment, lorsqu'un chorale est venu interpréter sur scène "Glory", la chanson de John Stephens et Lonnie Lynn récompensée.

"Timbuktu", sept fois récompensé aux César, n'aura pas réalisé le doublé. Dans la catégorie du Meilleur film en langue étrangère, il a été battu par "Ida" du Polonais Pawel Pawlikowski. L'Oscar est mérité, surtout cinématographiquement parlant, pour cette oeuvre puissante dépeignant le destin d'une jeune nonne découvrant l'ampleur de l'Holocauste en sortant de l'isolement de son monastère - et en découvrant la vérité sur ses origines.

Mais en préférant ce drame, les votants des Oscars ont préféré le choix plus confortable de l'Histoire aux échos autrement plus douloureux de l'actualité dont résonne avec force l'oeuvre d'Abderrahmane Sissako


Pas (trop) de politique

Si l'on peut considérer l'absence de récompense pour "American Sniper" comme un geste politique par défaut - en refusant d'avaliser les trop nombreuses libertés que prend le film avec la réalité de la guerre en Irak - cette 87e cérémonie des Oscars fut à nouveau très timorée en la matière.

Sauf, comme à l'accoutumée, dans le domaine du documentaire. En récompensant "Citizen Four" de Laura Poitras, consacré à Edward Snowden, les votants salue indirectement l'action de l'ancien informaticien de la NSA qui a révélé l'ampleur des écoutes illégales de l'agence gouvernementale américaine.

Et si Julianne Moore a, sans surprise, profité de son discours de remerciement pour attirer l'attention sur les malades atteints d'Alzheimer - "en espérant que voir le film incitera à chercher activement un remède" - c'est surtout Alejandro Gonzalez Inarritu, évoquant les trop nombreux immigrés mexicains sans papier aux Etats-Unis, ou Patricia Arquette, déclarant qu'il "est temps pour [les actrices] de lutter pour leurs droits" (allusion aux disparités salariales) qui ont tenu les discours le plus engagé de la soirée."


La prime aux succès en animation

Parmi les autres récompenses, on notera qu'une fois de plus l'Académie a préféré récompenser la machine de guerre commercial Disney. Si, autant le long métrage "Big Hero 6" et le court métrage "Feast" (qui fait l'ouverture du premier dans les salles) sont des oeuvres techniquement irréprochables et même en partie novatrices, il est désolant, année après année, de voir systématiquement boudée des réalisations plus audacieuses et artistiquement originales - comme "Le chant de la mer" de l'Irlandais Tomm Moore cette année. A l'inverses des autres catégories, c'est systématiquement le blockbuster qui est récompensé en cinéma d'animation.




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