"Selma" : King, le stratège de l’égalité

Ava DuVernay retrace dignement l’un des combats de Martin Luther King.

Hubert Heyrendt
EXCLUSIVE. ***SUNDAY CALENDAR SNEAKS STORY FOR NOVEMBER 2, 2014. DO NOT USE PRIOR TO PUBLICATION**********Center left to right: Wendell Pierce plays Rev. Hosea Williams, David Oyelowo plays Martin Luther King, Jr., and Colman Domingo plays Ralph Abernathy in the movie SELMA, from Paramount Pictures and PathZÿ.
EXCLUSIVE. ***SUNDAY CALENDAR SNEAKS STORY FOR NOVEMBER 2, 2014. DO NOT USE PRIOR TO PUBLICATION**********Center left to right: Wendell Pierce plays Rev. Hosea Williams, David Oyelowo plays Martin Luther King, Jr., and Colman Domingo plays Ralph Abernathy in the movie SELMA, from Paramount Pictures and PathZÿ. ©Paramount Pictures

Ava DuVernay retrace dignement l’un des combats de Martin Luther King.

Il y a tout juste 50 ans, le 7 mars 1965, 600 défenseurs des droits civiques se mettent en marche depuis Selma, Alabama, pour rejoindre Montgomery, la capitale de l’État, et faire entendre pacifiquement leurs revendications. Ils souhaitent faire sauter les barrières administratives qui, dans les faits, interdisent aux Noirs du Sud de voter, alors qu’ils en ont pourtant, théoriquement, le droit depuis 1870. En ce "Bloody Sunday", la police de Selma charge sauvagement les manifestants en direct sur CBS devant des millions d’Américains. La répression est violente et fera des dizaines de blessés… Mais Martin Luther King ne désarme pas et obtiendra, dans le sang, la promulgation par le président Lyndon Johnson, le 6 août 1965, du Voting Rights Act…

C’est cet épisode du combat du Prix Nobel de la Paix 1964 que retrace Ava DuVernay dans son troisième long métrage, boudé par les oscars. La jeune Afro-Américaine signe pourtant un vrai film politique sur l’Histoire des États-Unis. Un film engagé mais sans une once de haine, totalement en accord avec la pensée de Martin Luther King.

En se concentrant sur l’épisode de Selma (moins connus sans doute que le boycott des bus de Montgomery ou la campagne de Birmingham), DuVernay évite l’écueil du biopic. Si la figure de King, campée par un impeccable David Oyelowo (vu récemment dans "A Most Violent Year" et que l’on reverra dans "Star Wars"), est évidemment centrale, la cinéaste choisit de se concentrer non sur sa personne - même si sa vie privée est évoquée - mais sur son combat politique, sa détermination, la puissance de sa vision à long terme. Elle montre en effet combien le combat de King s’articule à tous les niveaux de pouvoir : des organisations étudiantes aux autorités locales en passant par le FBI ou le président des États-Unis. Ce faisant, et en montrant la puissance du rassemblement populaire - quand les Noirs et les blancs s’unissent au nom des mêmes valeurs -, Ana DuVernay filme la politique dans son acception la plus digne.

Le Martin Luther King de "Selma" n’est pas l’icone du grand discours de paix de Washington ("I have a dream"), celui que l’Amérique célèbre aujourd’hui de façon assez convenue au King Centre d’Atlanta. Le King que l’on découvre ici est le militant politique, le chef de guerre, le stratège efficace qui sait comment mener une lutte. Qui ne choisit pas au hasard la petite bourgade tranquille de Selma, mais parce qu’il sait que l’intransigeance des autorités locales, d’un shérif borné et d’un gouverneur rétrograde (excellent Tim Roth) pourra l’aider dans son combat.

Si "Selma", assez convenu dans sa mise en forme, est toujours aussi révoltant 50 ans après les faits qu’il dénonce, c’est sans doute aussi par son actualité. Il suffit de se promener dans les bleds du Sud des États-Unis pour se rendre compte à quel point les injustices raciales sont toujours aussi criantes aujourd’hui. Les émeutes de Ferguson dans le Missouri en 2012 suite à l’assassinat du jeune Michael Brown par un policier blanc - que le ministère américain de la Justice vient de renoncer de poursuivre au pénal - sonnent comme une cruelle piqûre de rappel…


Réalisation : Ava DuVernay. Scénario : Paul Webb. Photographie : Bradford Young. Montage : Spencer Averick. Avec David Oyelowo, Carmen Ejogo, Oprah Winfrey, Tom Wilkinson, Tim Roth… 2h08.