"Le Garçon et le Monde" : Poème visuel

Un festival de couleurs et de son pour une fable sur les rapports Nord-Sud.

A.Lo.

Un festival de couleurs et de son pour une fable sur les rapports Nord-Sud.

Rarement l’expression "dessin animé" n’a eu autant de sens que dans "Le garçon et le monde", petit joyau poétique brésilien signé Alê Abreu. Au début du film, l’écran est blanc. Apparaissent des taches de couleur. Rythmées par la musique, elles s’animent, prennent forme, deviennent la silhouette stylisée du jeune garçon qui donne le titre au film. Celui-ci va partir à la recherche de son père, parti loin, à la ville.

Ce voyage initiatique va lui faire découvrir le monde : la forêt luxuriante d’abord, les animaux exotiques, beaux et libres, puis la ville, bouillonnante, surpeuplée, les usines, la surexploitation des richesses, les transferts Nord-Sud, les conflits sociaux… "Le garçon et le monde" est une fable moderne, contée, une fois n’est pas coutume, du point de vue du "Sud".

Double originalité : le film est sans parole, uniquement conté par l’image, la musique, les bruitages et des onomatopées, et il donne l’impression d’être dessiné directement devant nos yeux, par un enfant. Cette simplicité cache une richesse narrative et technique. Alê Abreu recourt aux pastels, aux crayons, aux feutres, à l’aquarelle, à la gouache, voire au stylo à bille. Le réalisateur pratique le collage, varie les styles - tantôt minimaliste et abstrait comme dans une toile de Miró ou de Paul Klee, tantôt plus figuratif. Enfin, Alê Abreu ne redoute ni les blancs ni les respirations.

Si le film est destiné aux enfants, l’auteur décide de ne pas les prendre pour des imbéciles, leur exposant la complexité du monde, sa dureté. Sa violence, aussi. Mais, toujours, en recourant à la poésie et au fantastique. Rare sont les films - même pour adultes - brassant autant de thèmes. Pourtant, le récit est d’une fluidité remarquable. La musique, plus fondamentale que jamais, se décline autour d’une partition à la flûte qui ouvre et ferme le film. Les compositions de Ruben Feffer et Gustavo Kurlat bénéficient notamment de l’apport du percussionniste Naná Vasconcelos et du groupe Gem, qui utilise en guise d’instruments des objets de récupérations.

Seul écueil, peut-être, la longueur : le dernier quart d’heure s’étire un peu, se répète, alors que le message, limpide, s’est imposé au bout d’une heure. Péché véniel d’un auteur totalement impliqué : malgré la présence d’une équipe de près de 150 personnes, Abreu a dessiné les décors principaux, les poses clés de l’animation et assuré le montage de son film. Mais le résultat éblouit, ravit et force l’admiration. Le public du Festival d’Annecy - le "Cannes de l’animation" - ne s’y est pas trompé, décernant son prix au "Garçon et le monde" l’année dernière.


Réalisation et scénario : Alê Abreu. 1h19.