Dr Mukwege, inlassable thérapeute du Congo

Dès mercredi, le praticien sera en Belgique pour présenter "L’homme qui répare les femmes".

Dr Mukwege, inlassable thérapeute du Congo
Karin Tshidimba

Comment le nom du Dr Denis Mukwege a-t-il franchi les frontières pour se retrouver honoré en Belgique, à Washington ou aux Nations unies ? Comment un simple praticien congolais est-il devenu le symbole de l’espoir et de la lutte acharnée en faveur de la paix et de la justice dans l’est du Congo ? Cette histoire est au cœur du nouveau film coréalisé par Colette Braeckman et Thierry Michel : "L’homme qui répare les femmes".

Un documentaire projeté en présence de son principal protagoniste, le Dr Denis Mukwege, mercredi à 20 h à Flagey. Première date d’une série d’avant-premières qui passeront par Louvain-la-Neuve, Liège et Ath avant Mons ou Charleroi en avril*. La sortie en salles étant prévue le 15 avril.

Une vocation perturbée

Malgré une tentative d’assassinat fin 2012 et diverses menaces de mort, malgré une situation qui ne s’améliore pas dans son Kivu natal, le Congolais poursuit inlassablement sa tâche, fidèle au serment d’Hippocrate prononcé il y a plus de 30 ans.

La vocation lui est venue en suivant son père, rendant visite aux malades de sa paroisse. En tant que pasteur, il leur apportait soutien et réconfort mais, souvent, manquaient les médicaments ou le suivi des soins, c’est ce qui a mis le jeune Denis sur le chemin de la médecine. Un choix qui fait la fierté de sa maman pour qui les blouses blanches ont toujours eu "l’apparence des anges". Dans une région comme le Kivu, le ratio médecin-malades est tel qu’il fait presque, par définition, de ces soignants des "héros". Dans le cas du Dr Mukwege, c’est d’autant plus vrai qu’il a eu l’occasion à maintes reprises de quitter cette région soumise au pire depuis 20 ans.

C’est par sens du devoir que le jeune pédiatre a choisi de refaire des études pour devenir obstétricien et c’est pour les mêmes raisons qu’au sortir de son cursus à Angers, il est revenu à Lemera, au Kivu. La pénurie de médecins au Congo ne lui "laissait pas le choix", dira-t-il plus tard.

"Le cancer du pays"

Pourtant, depuis 1996 et le début des guerres à l’est du Congo, le quotidien du gynécologue n’a cessé de s’assombrir, confronté quotidiennement aux ravages physiques et psychologiques subis par des dizaines de milliers de femmes et d’enfants défilant rien que dans son hôpital de Panzi. Une situation honteuse et révoltante qui l’a poussé à sortir de son rôle de médecin pour devenir le porte-parole de sa région face au reste du monde.

Dénonçant le "cancer qui ronge son pays", les intérêts financiers sournois qui nourrissent le conflit, l’impunité dont jouissent les hommes en armes et le silence assourdissant des puissants, le Dr Mukwege s’est fait un nombre incalculable d’ennemis. Une réalité rappelée au long de ce film.


*Rens. : www.mukwege-lefilm.be

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