"Dear White People" : Contes du racisme ordinaire

Jeu de clichés autour de l’identité afro-américaine dans l’Amérique d’Obama.

H.H.

Jeu de clichés autour de l’identité afro-américaine dans l’Amérique d’Obama.

Pas facile d’être Black à Winchester, université de la Côte Est appartenant à la prestigieuse Ivy League. A destination de ses camarades de couleur, Sam White (ça ne s’invente pas) a d’ailleurs rédigé un "Guide de survie en milieu blanc". Son mot d’ordre, éveiller les consciences noires, façon Malcom X ou Angela Davis. Mais son émission sur radio campus, qui débute par ces mots doux "Dear White People" (suivis de, par exemple : "Désormais le nombre d’amis noirs pour ne pas être considéré comme raciste est de deux. Et cela n’inclut pas ton dealer…") n’enchante ni le directeur de l’université, blanc, ni le doyen, noir…

Pour son premier long métrage, le jeune réalisateur américain Justin Simien signe une étonnante comédie étudiante. Si elle en reprend tous les codes (rivalités entre fraternités, entre étudiants, entre professeurs…), c’est pour s’essayer à une étude du racisme ordinaire dans l’Amérique d’Obama. Avec en point d’orgue, une soirée qui tourne mal quand les jeunes Blancs friqués organisent une fête d’Halloween où ils se griment en Noirs comme au bon vieux temps des soirées nègres du début du XXe. Sur ce point, Simien (jeune Black à peine plus âgé que ses personnages) s’est inspiré de faits divers réels de l’Amérique d’aujourd’hui. Pourtant, son film est loin de se résumer à une critique du racisme wasp envers les minorités, qu’elles soient noires, hispaniques ou asiatiques. En tentant, par le rire, d’aborder toutes les formes de discrimination, de jouer avec tous les préjugés (quitte à réactiver les bons vieux clichés), "Dear White People" est plutôt une réflexion, assez personnelle, sur l’identité : qu’est-ce que cela signifie d’être noir et américain dans l’Amérique d’Obama ?

Malheureusement, malgré sa sincérité et sa justesse, ce plaidoyer apparaît assez convenu quand il prône une vision post-raciste de l’Amérique, semblant affirmer qu’il est vain de faire appel aujourd’hui aux luttes du passé, que cela en deviendrait presque du racisme à l’envers. Le problème, c’est que si ce raisonnement est sans doute vrai pour l’élite noire, celle qui accède aux meilleures universités du pays, le ressenti est tout autre dans l’Amérique profonde du Sud. L’actualité de Ferguson est là pour le rappeler cruellement.


Scénario & réalisation : Justin Simien. Photographie : Topher Osborn. Musique : Kathryn Bostic. Avec Tyler James Williams, Tessa Thompson, Kyle Gallner, Teyonah Parris, Dennis Haysbert… 1h48.