"It Follows" : La peur du sexe

Un film étonnant qui use des codes du genre pour interroger la sexualité d’ados américains effrayés à l’idée de grandir dans une société sans avenir.

Hubert Heyrendt

Un film étonnant qui use des codes du genre pour interroger la sexualité d’ados américains effrayés à l’idée de grandir dans une société sans avenir.

C’est l’été dans une banlieue proprette du Michigan. Une jeune fille en petite tenue sort en courant d’une maison, semblant fuir quelqu’un. Elle prend la voiture, se réfugie au bord d’un lac et appelle ses parents pour leur dire adieu. Son corps est retrouvé sauvagement mutilé le lendemain matin… Cut. On découvre Jay, une jolie jeune fille sage de 19 ans se baignant dans la piscine de son jardin (Maika Monroe). Ce soir, elle sort avec un garçon qu’elle aime bien. Mais son comportement est étrange. Il voit constamment quelqu’un le suivre. Jay n’aurait sans doute pas dû coucher avec lui dans la voiture… Elle est à son tour rattrapée par la malédiction.

"It Follows" a été repéré dans de nombreux festivals, de la Semaine de la critique cannoise à Deauville (prix de la critique internationale) en passant par Toronto ou Gérardmer (Grand prix). S’il assume pleinement le genre, David Robert Mitchell fait preuve d’une formidable économie de moyens, limitant au maximum les effets pour distiller son climat de malaise. Le jeune réalisateur américain ne livre pas en effet un film fantastique à proprement parler mais un thriller psychologique inquiétant, porté par une excellente BO, sous forme de métaphore sur la difficulté du passage à l’âge adulte.

On sent pas mal d’influences dans ce second long métrage. On pense forcément à "Frissons" de Cronenberg, pour le mélange de sexe et d’horreur, sauf que l’érotisme est ici totalement absent. Avec froideur (notamment dans le choix des tonalités de l’image), "It Follows" titille le malaise des jeunes américains vis-à-vis de la sexualité dans une société puritaine. Cette "chose" qui suit la jeune fille après qu’elle a couché avec la mauvaise personne, c’est un peu sa mauvaise conscience, qui peut prendre la forme d’une grand-mère, d’un père, d’une mère.

"It Follows" n’est pas seulement une métaphore sur la peur du sexe. Le film est également profondément ancré dans le contexte socio-économique américain. Il commence comme un petit film indépendant classique, dépeignant la vie tranquille d’une banlieue résidentielle d’une grande ville. Mais à mesure que s’installe l’angoisse, on découvre l’envers du décor, celui de Detroit (d’où est originaire le réalisateur), une ville dévastée, délabrée, en faillite…

La peur qui s’insinue chez ces ados sans repères et aux parents démissionnaires, c’est celle de l’avenir, totalement bouché. De quoi les plonger dans la terreur absolue, celle de devenir adulte dans une société qui ne leur offre aucune perspective sinon un matérialisme vide de sens… Où se cache l’héroïne quand elle veut échapper à la "chose" qui la suit ? Dans une plaine de jeu, sur une balançoire. Symbole par excellence de l’enfance américaine… Les adolescents de "It Follows" ne semblent en effet rêver que d’une chose : revenir à l’enfance, période bénie de l’insouciance et l’asexualité.


Scénario & réalisation : David Robert Mitchell. Photographie : Michael Gioulakis. Musique : Disasterpeace. Avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Jake Weary, Olivia Luccardi… 1h40.