"Melody" : Un ventre pour deux

Où trouver 50 000€ pour acheter un salon de coiffure ? Bernard Bellefroid booste le sujet de la mère porteuse d’une échappée romanesque.

Fernand Denis

Où trouver 50 000€ pour acheter un salon de coiffure ? Bernard Bellefroid booste le sujet de la mère porteuse d’une échappée romanesque.

Le générique défile sur le corps d’une jeune femme blonde en petite tenue, endormie sur un canapé. Le regard s’attarde sur la petite culotte et le soutien-gorge, couleur chair. C’est pourtant son ventre qui va retenir l’attention tout au long du film.

"Mieux vaut faire cela qu’être pauvre", dit Melody, coiffeuse à domicile. Petit billet après petit billet, elle construit son rêve au prix fort, elle vit quasiment comme une clocharde pour économiser un maximum d’argent. Justement, elle vient de franchir une première étape, les 5 000 € d’option sur un local qu’elle voudrait transformer en salon de coiffure. Sauf qu’il y a en a minimum pour 30 000 € de travaux. C’est là qu’intervient cette phrase balancée à une copine qui lui prête son PC. "Mieux vaut faire cela que d’être pauvre." Faire cela, c’est s’inscrire sur un site qui accueille les offres de mères porteuses. La voilà choisie par une business woman britannique très élégante, rattrapée par son horloge biologique.

50 000 € et dans un an - le temps de prélever les ovocytes, d’obtenir un passeport pour l’Ukraine, d’assurer la grossesse - et chacune pourra voir son rêve le plus cher se réaliser. Sauf que cela va se révéler bien plus compliqué, on s’en doute. Pas médicalement compliqué mais humainement compliqué comme l’instinct maternel qui grandit avec le bébé.

Il y a beaucoup de suspense dans le film de Bernard Bellefroid mais ce n’est jamais une tension crapuleuse, un chantage par exemple dans un sens ou dans l’autre. Pas vraiment une tension morale non plus. Si le sujet ne permet pas d’éviter la question et si le style des premières séquences n’est pas sans rappeler les Dardenne; ce n’est pas le cœur du film.

S’il fallait qualifier cette tension sans trop en dévoiler, on parlerait plutôt de tension romanesque. Le film démarre comme un sujet de société intrigant, mais on sent vite que Bernard Bellefroid n’a pas, cette fois, la fibre documentaire, ni scientifique, ni psychologique. D’ailleurs, il ne ménage pas les ellipses pour éviter ces questions-là.

Mais ou va-t-il alors ? La tension est dans une échappée romanesque assez vertigineuse que le réalisateur namurois contrôle avec beaucoup d’habileté. Non seulement cette aventure gynécologique est vue depuis deux points de vue, deux objectifs, deux sensibilités, deux parcours différents, mais elle va être partagée. Et le film de développer un sujet qui n’est pas celui auquel on pouvait logiquement s’attendre.

Il est d’autant plus fort qu’aucun visage connu ne nous empêche de plonger dans ce mélodrame très original. Lucie Debay et Rachael Blake forment un duo exceptionnel d’intensité qui renvoie au huis clos entre un père et son fils dans "La Régate", premier film de Bernard Bellefroid. Voilà un autre rapport de force entre deux générations au bord de l’eau, mais de la mer cette fois. De la mère aussi.


Réalisation : Bernard Bellefroid. Scénario : Bernard Bellefroid, Carine Zimmerlin, Anne-Louise Trividic. Avec Rachael Blake, Lucie Debay, Catherine Salée… 1h32.