"Lost River" : Ryan Gosling, lost in inspiration

Premier essai - raté - de la star filante derrière la caméra. N’est pas David Lynch ou Nicolas Winding Refn qui veut.

Lorfèvre Alain

Premier essai - raté - de la star filante derrière la caméra. N’est pas David Lynch ou Nicolas Winding Refn qui veut.

L’adage veut qu’on ne prête qu’aux riches. La notoriété bankable en étant une, voici qui explique peut-être comment "Lost River" de Ryan Gosling a atterri sur les écrans de la sélection officielle cannoise en mai 2014 - là où un quidam aurait probablement été poliment recalé. De mémoire cannoise, on a rarement vu les demandes d’interviews s’évaporer aussi vite après une projection de presse…

Bones (Iain De Caestecker), ado tentant de sauver les meubles de sa maison, pille le cuivre des ruines de Lost River, une ville ravagée et désertée suite à la crise économique et la spéculation foncière. Il doit faire face à la menace de Bully (Matt Smith), petite frappe psychopathe bien décidée à devenir le roi du désert industriel.

Pendant ce temps, la mère de Bones (Christina Hendricks, la sculpturale rousse de la série "Mad Men") rejoint la troupe d’une performeuse grand-guignolesque (Eva Mendes - Mme Gosling à la ville), conduite par un chauffeur de taxi volubile (Reda Kateb, inattendu sous ces latitudes). Un jour, Bones découvre une route s’enfonçant dans la rivière. Sa voisine (Saoirse Ronan) lui assure qu’elle mène à une ville sous-marine...

On ne sait pas si son pote Nicolas Winding Refn a drivé Gosling, mais si on faisait un blind test, un cinéphile tombé de la planète Mars s’y tromperait : l’image léchée (tout chauvinisme consommé, on sauvera la direction de la photo du Belge Benoît Debie), le montage elliptique, l’esthétique cool (c’est cooooool de filmer des ruines ou de faire un plan en caméra subjective depuis une pelleteuse), les riffs de zique : ça pose et c’est hip (ster). OK, on force un peu le trait : il y a un peu de chair, un sujet et un double genre : le film noir rencontre le cinéma social. Et même une troisième catégorie, mais dont on ne dira rien, afin que les courageux qui se farciront ce clip arty aient au moins une surprise.

Le péché de "Lost River" est mignon - vraiment : Ryan Gosling s’est rêvé en enfant bâtard de David Lynch et Winding Refn. Mais faute d’inspiration, son travail de copiste s’avère totalement dénué de personnalité. Un manque de relief encore plus criant dans la caractérisation des personnages, réduits à leur plus simple expression - "séminale" si l’on veut être positif -, à l’image de Gosling quand il fait l’acteur : toujours en retrait. Parfois ça passe, mais cette fois-ci ça casse.A.Lo.

"Lost River" : Ryan Gosling, lost in inspiration
©dr

 Réalisation et scénario : Ryan Gosling. Avec Iain De Caestecker, Saoirse Ronan, Christina Hendricks, Eva Mendes... 1h55