"The Water Diviner": Retour à Gallipoli

Russell Crowe passe derrière la caméra avec un talent certain mais en mettant la barre trop haut.

Denis Fernand

Russell Crowe passe derrière la caméra avec un talent certain mais en mettant la barre trop haut.

Gallipoli. A l’heure où l’on commémore le centenaire de la guerre 14-18, ce lieu n’évoque pas grand-chose dans l’hémisphère Nord, la bataille des Dardanelles pour les mieux informés. Pourtant, Gallipoli est aux Australiens ce que Verdun est aux Français, une épouvantable boucherie qui a fauché des dizaines de milliers de jeunes gens. Une génération que la toute jeune Australie a sacrifiée afin de rentrer dans l’Histoire, s’intégrer dans la communauté internationale.

Ainsi, chez les Connor, les trois garçons sont partis, aucun n’est revenu. De quoi briser irrémédiablement la santé mentale de leur maman, ne trouvant plus aucun sens à la vie. Sur le cercueil de sa femme, notre fermier promet de les ramener tous les trois et de les enterrer à ses côtés. C’est le début d’une surprenante aventure inspirée de faits réels qui voit Russell Crowe se lancer dans son premier film derrière la caméra. Tout en restant devant, dans quasiment chaque plan.

La Grande Guerre a ceci de particulier qu’elle fut la première à se soucier de ses morts, à les identifier, à les enterrer dans des cimetières. Ainsi, en 1919, Turcs et Anglais collaborent sur le champ de bataille de Gallipoli pour récupérer leurs victimes. Mais comment Joshua Connor peut-il retrouver ses trois fils dans cet immense charnier ?

Russell Crowe s’est trouvé un angle qui insuffle à cette aventure hors norme une élévation certaine. Le jeune réalisateur de 50 ans multiplie d’ailleurs des plans vus du ciel ou du plafond, des plans qui ne permettent plus de distinguer les alliés des ennemis; il n’y a plus que des maris, des frères, des amis pourrissant dans la même boue de terre et de sang.

Il en fait de même avec son héros dont les idées très arrêtées vont se nuancer au fil des rencontres. S’il parcourt un trajet extérieur pour retrouver ses garçons, Joshua Connor accomplit aussi un trajet intérieur auquel il ne s’attendait pas et plus dépaysant encore.

Toutefois, ce double trajet se révèle trop complexe à mettre en scène pour ce réalisateur débutant. Si notre Gladiator se débrouille avec le récit d’aventure à laquelle il donne du sens et de l’épaisseur, en revanche, il se montre très maladroit avec les sentiments et ses intentions. On est au bord du ridicule, voire au-delà dans les scènes avec l’Ukrainienne Olga Kurylenko trop improbable en épouse turque et contrainte de jouer avec sa seule beauté.

On ne devient pas Peter Weir - dont le "Gallipoli" est à voir absolument - en un film. Russell Crowe a manifestement des qualités pour ce nouveau job - dont la capacité à repérer le potentiel du sujet. Mais il a placé la barre beaucoup trop haut pour un début.


"The Water Diviner": Retour à Gallipoli
©D.R.

 Réalisation : Russell Crowe. Scénario : Andrew Knight, Andrew Anastasios. Avec Russell Crowe, Olga Kurylenko, Yılmaz Erdoan… 1h51