"Good Kill" : La drone de guerre de l’Amérique

Le sujet de "Good Kill" est passionnant. L’utilisation militaire des drones est en effet sans doute le futur grand scandale du XXIe siècle. Malheureusement, le réalisateur Andrew Niccol ne propose ici qu’une lecture finalement assez superficielle de la question. Critique

Hubert Heyrendt

Andrew Niccol s’attaque à la politique américaine en matière de drones militaires.

Pilote de chasse de formation, Tommy Egan (Ethan Hawke) se désespère de ne plus pouvoir voler. Ses journées, il les passe désormais enfermé dans un container, derrière un joystick et un écran. Il ne joue pas à des jeux vidéo; il est pilote de drones qui volent à des milliers de kilomètres de là, dans le ciel afghan ou yéménite… La journée, Tommy tue d’un simple clic des terroristes supposés. Le soir, le soldat virtuel retourne chez lui dans son petit pavillon d’une banlieue proprette de Las Vegas, auprès de sa femme (January Jones, aussi séduisante, blonde et femme au foyer que dans "Mad Men") et de ses enfants.

Mais son travail commence vraiment à peser sur le militaire, de plus en plus acariâtre. Surtout, il se pose de plus en plus de questions morales sur ce qu’il est en train de faire, sur le rôle des Etats-Unis dans ces pays lointains au nom de leur guerre contre le terrorisme post-11 Septembre… Incapable de concevoir la guerre comme un jeu vidéo, Tommy sombre dans l’alcool. Il ne supporte plus d’avoir à tuer des femmes et des enfants, "dommages collatéraux" nécessaires selon la CIA, qui donne directement ses ordres à l’US Air Force…

Le sujet de "Good Kill" est passionnant. L’utilisation militaire des drones est en effet sans doute le futur grand scandale du XXIe siècle. Les questions sont multiples, souvent philosophiques : qu’est-ce que cela signifie de virtualiser la guerre ? Dans quel cadre juridique, national ou international, se déroulent ces opérations ? Y a-t-il un risque de privatisation de la guerre, l’armée US sous-traitant parfois le pilotage de ces engins à des compagnies privées ? Ces robots seront-ils un jour tellement sophistiqués qu’ils pourront prendre eux-mêmes la décision de tirer ou non ?

Pour son dernier film après "Les âmes vagabondes" en 2013, Andrew Niccol revient avec un sujet important. Et, comme dans "Lord of War" il y a dix ans, il délaisse la science-fiction, genre qui a propulsé le cinéaste néo-zélandais sur le devant de la scène dès son premier film, "Bienvenue à Gattaca" en 1997, déjà avec Ethan Hawke. Malheureusement, il ne propose ici qu’une lecture finalement assez superficielle de la question des drones, centrée uniquement sur le chemin de croix de son héros. Et, comme c’est souvent le cas chez Niccol, si le film commence très bien, il pâtit d’un final bâclé, totalement convenu. Une rédemption obligée pour le personnage qui en revient à un discours politiquement très correct, remettant presque en question toute la réflexion préalable sur l’utilisation des robots volants. Si Andrew Niccol s’était déjà montré nettement plus inspiré dans la dénonciation de la politique américaine dans "Lord of War", "Good Kill" a néanmoins le mérite de poser clairement les enjeux et de mettre ce sujet capital devant les yeux d’un large public.


Scénario & réalisation : Andrew Niccol. Photographie : Amir Mokri. Musique : Christophe Beck. Montage : Zach Staenberg. Avec Ethan Hawke, January Jones, Zoë Kravitz, Bruce Greenwood, Peter Coyote… 1h42.