"Jimi, All Is By My Side" : Un guitariste à Londres

Hey John, ça rime à quoi un biopic du "voodoo child" sans sa musique ?

Fernand Denis

Hey John, ça rime à quoi un biopic du "voodoo child" sans sa musique ?

Tout d’abord, on est ébloui. Par cet acteur, André Benjamin, qui ressemble de façon stupéfiante à Jimi Hendrix, par ses amies anglaises arrivées directement de 1966, par ce parfum de sixties émanant des clubs, des shops, des bistrots, de l’air du temps. C’est un des pouvoirs du cinéma que de nous plonger dans la réalité d’un autre temps, de ressusciter un lieu disparu à jamais par la magie des décors, des costumes, des accessoires, du maquillage, du casting…

Mais si Mike Ridley nous téléporte un demi-siècle en arrière, il échoue à nous raconter quelque chose de pertinent. C’est pas faute d’essayer pourtant. A plusieurs reprises, on sent qu’il tient un sujet, qu’il va le creuser. Et puis il l’abandonne pour un autre quelques scènes plus tard.

Le premier, c’est celui de la découvreuse de talents. Dans un club de New York où elle prend un verre avec des amis, Linda Keith, la petite amie de Keith Richards, est subitement scotchée par le jeu du guitariste du groupe qui se produit sur un petit podium dans l’indifférence générale. Elle est la seule persuadée d’avoir entendu un diamant brut, bientôt la seule à se démener pour l’encourager à trouver son style et un manager.

Ce sera Chas Chandler, le bassiste des Animals, en reconversion forcée suite au départ d’Eric Burdon. Deuxième sujet, comment ce manager débutant va-t-il s’y prendre pour lancer un inconnu ? Hé bien, il le pousse à s’exiler à Londres car c’est là que cela se passe avec les Beatles, Stones, Who, Kinks, Clapton, Beck, Bloomfield, etc. Mais une autre femme pointe le bout de ses genoux - il n’y en a plus que pour la mini jupe. Elle met au jour les côtés tantôt cool et tantôt violents du guitariste. Et alors que la notoriété de Hendrix progresse, Jimi se fait harponné par une autre jolie fille. Celle-ci lui promet de la bonne herbe, offerte par un ami gourou avec en prime un discours readical, l’exhortant de mettre sa musique au service de son peuple.

Sa musique, parlons-en. Des problèmes de droits ont privé la production d’un accès aux titres majeurs de Hendrix. Imagine-t-on un biopic de Picasso sans montrer ses toiles ? Ivory l’a fait, c’est pas ce qu’il a réussi de mieux. Un biopic de Van Cau sans le moindre pot-de-vin, de Van Himst sans le moindre goal ? On a donc fait l’impasse sur "Hey Joe" et "Purple Haze" sortis durant la période évoquée par le film. Dès lors, on en vient vite à douter de ce qu’on voit à l’écran.

Reste un long métrage qui avance mollement - en dépit de la carrière fulgurante d’Hendrix - sur l’idée d’un musicien qui fait sauter les barrières des genres en ouvre la voie à un rock plus expérimental. Mais jamais on ne prend la peine de pointer ses caractéristiques majeures. Mieux vaut se réécouter "Electric Ladyland" que de passer deux heures à regarder cette petite chose qui au bout de compte apprend bien moins sur Hendrix que sur la capacité d’André Benjamin et de Imogen Poots à crever l’écran.


Réalisation : John Ridley. Avec André Benjamin, Imogen Poots, Hayley Atwell… 1h58.