"She's funny that way" : Un petit air de Woody Allen

Un vaudeville plaisant de Peter Bogdanovitch, ex-gloire du Nouvel Hollywood.

A.Lo.

Un vaudeville plaisant de Peter Bogdanovitch, ex-gloire du Nouvel Hollywood.

Le metteur en scène de théâtre Arnold Albertson souffre d’une intrigante déviance sexuelle : dès qu’il est en voyage, il s’offre les services d’une escort-girl à laquelle il fait croire à une révélation soudaine, lui offrant (réellement) 30 000 dollars contre la promesse qu’elle va refaire sa vie. Lors de sa venue à New-York pour préparer un nouveau spectacle, il sert sa soupe à Izzy (Imogen Poots, joli minois britannique montant)… qui se trouve rêver de faire carrière sur les planches. Tenant son serment, Izzy se rend dès le lendemain à une audition sur l’histoire d’une escort-girl… dirigée par Arnold et en présence de la femme de ce dernier.

Jadis, Peter Bogdanovitch fut un des chefs de file du "Nouvel Hollywood", un de ses réalisateurs cinéphiles qui eurent leur heure de gloire au début des années septante. Avec "La dernière séance" (1971), d’abord, joyau nostalgique sur la fin d’une ère, puis avec la comédie à succès "On s’fait la valise, docteur ?" (1972), il atteint des sommets critiques et publics dont il retomba avant la fin de la décennie. Depuis, bon an mal an, il a refait des come-back, plus ou moins fructueux (dans la première catégorie, "Mask", avec Cher). Après un détour par la télévision (où il a dirigé et est apparu dans des épisodes des "Sopranos"), "Broadway Therapy" est son premier film en treize ans pour le cinéma, où il est désormais produit par Wes Anderson et Noah Bombach - nouveaux auteurs prisés aux marges de l’industrie.

Loin d’être aussi inspirée que les premières œuvres de Bogdanovitch, ce vaudeville n’en est pas moins plaisant (avec son lot de claquage de portes et de chassés-croisés), porté notamment par le mélange de charme et de drôlerie d’Imogen Poots et un casting de qualité (Rhys Ifans, Jennifer Aniston, Kathryn Hahn et même Illeana Douglas, ex-madame Scorsese). Mais si on faisait un "blind test", parions que beaucoup penseraient y voir un Woody Allen moyen - Owen Wilson semble d’ailleurs avoir calqué son jeu sur celui qui le dirigea dans "Midnight in Paris". Paradoxe - ou malédiction ? - d’un auteur qui puisa toujours son inspiration dans sa culture cinéphile. Laquelle, à 75 ans, commence à marquer un peu le pas. Mais on a connu fin de carrière plus indigente.


 Réalisation : Peter Bogdanovitch. Scénario: Peter Bogdanovich & Louise Stratten. Avec Imogen Poots, Owen Wilson, Rhys Ifans, Kathryn Hahn… 1h33