"San Andreas" : Un film vraiment catastrophe

The Rock a une deuxième chance de sauver sa famille du pire séisme de l’histoire…

Hubert Heyrendt

The Rock a une deuxième chance de sauver sa famille du pire séisme de l’histoire…

Titre, affiche, bande-annonce, The Rock… On ne peut pas dire que "San Andreas" prend le spectateur par surprise. On sait qu’on va voir le plus grand tremblement de terre de l’histoire du cinéma avec des sols qui se lézardent, des immeubles qui se désagrègent, des vagues géantes destructrices… Tout est là et bien là. A la puissance 1000 et avec un premier degré à toute épreuve. A moins d’opter pour une lecture au 36e degré tant tout est convenu jusqu’au ridicule. C’est tellement too much qu’on peut effectivement se demander si les scénaristes (ils s’y sont quand même mis à six pour accoucher de ce script indigent) ne se sont pas amusés à jouer en sous-texte avec tous les topos du film catastrophe hollywoodien.

Ce qui frappe d’abord dans "San Andreas", c’est la quête personnelle du héros, campé par l’ex-catcheur tout en muscles Dwayne Johnson. Il incarne Ray, ancien pilote d’hélicoptère de l’armée en Afghanistan spécialiste aujourd’hui du sauvetage impossible pour les pompiers de Los Angeles. Comme en témoigne la première scène, qui installe d’emblée le personnage comme un prototype du héros américain. Sauf que face à une menace naturelle qui dépasse l’humanité (le fameux Big One qui détruira irrémédiablement la Californie, installée sur la faille de San Andreas), Ray ne se bat pas pour sauver la Terre, ou à tout le moins les Etats-Unis. Il se bat pour sa famille. Sur le point de divorcer, il va en effet tout faire pour te reconstruire son paradis perdu : récupérer son ex au sommet d’une tour à la dérive de L.A. et aller récupérer sa fille (Alexandra Daddario, bimbo brune aux yeux bleus) coincée à San Francisco, l’épicentre du séisme d’une magnitude de 9,6 sur l’échelle de Richter (le plus gros jamais enregistré évidemment). Très égoïstement, cette catastrophe est une deuxième chance pour celui qui n’a pu sauver de la noyade son autre fille et son couple…

Hormis cette perversité scénaristique (qui permet au film d’en rajouter une couche la rédemption obligée du héros hollywoodien), "San Andreas" n’oublie aucun poncif du genre. On a évidemment le scientifique visionnaire (campé par Paul Giamatti, en dehors de sa zone de confort), les scènes d’action obligées (forcément impressionnantes) et un jeu caricatural sur le suspense et les cliffhangers qui ne s’encombre aucunement de la vraisemblance.

Face à un nanar de compétition comme celui-là, on en vient effectivement à se poser la question des véritables intentions des scénaristes, sans doute plus pervers qu’il n’y paraît. On a en effet peine à croire à ce que ce film ait été pensé au premier degré. Même si la mise en scène du jeune Canadien Brad Peyton (qui avait déjà commis "Voyage au centre de la Terre 2") est totalement bourrine, le ton général est tellement ridicule qu’on aimerait voir en "San Andreas" une pochade à 100 millions de dollars politiquement très incorrecte. Qui se conclut (attention spoiler) de façon outrancière avec un héros, sur fond de bannière étoilée battant au vent, déclarant d’un air inspiré : "And now we rebuild !" Avec des clins d’œil bien appuyés au 11 Septembre et à la façon dont les Etats-Unis ont réussi à se reconstruire. On en pleurerait tellement c’est beau… On en rirait tellement c’est con.


"San Andreas" : Un film vraiment catastrophe
©DR

 Réalisation : Brad Peyton. Scénario : Allan Loeb, Carlton Cuse… Musique : Andrew Lockington. Avec Dwayne Johnson, Carla Gugino, Paul Giamatti, Alexandra Daddario, Kylie Minogue… 1h55.