"The Duke of Burgundy" : Fétichisme froid

L’ambiance est mystérieuse. Une bonne arrive en retard chez sa patronne, qui lui demande de nettoyer le bureau puis le sol, jetant négligemment un papier devant la jeune femme à quatre pattes pour qu’elle le ramasse. Bientôt, c’est la lingerie fine qu’il lui faut nettoyer.

Hubert Heyrendt

L’ambiance est mystérieuse. Une bonne arrive en retard chez sa patronne, qui lui demande de nettoyer le bureau puis le sol, jetant négligemment un papier devant la jeune femme à quatre pattes pour qu’elle le ramasse. Bientôt, c’est la lingerie fine qu’il lui faut nettoyer. Quand la soubrette oublie une petite culotte, sa patronne lui promet la punition. Derrière une porte, on entend une voix : "Allonge-toi." Puis un bruit d’eau qui coule… Mais bien vite, on se demande qui des deux jeunes femmes est la plus perverse…

Pour son troisième film après "Berberian Sound Studio" en 2012 et "Katalin Varga" en 2009, le Britannique Peter Strickland rend hommage à l’esthétique fétichiste. Ses influences sont multiples, allant de Sade, bien sûr, à Jess Franco, maître du cinéma érotico-frantastique. En guise de clin d’œil, Strickland retrouve d’ailleurs ici l’une des actrices fétiches du réalisateur espagnol, la Belge Monica Swinn, qui n’avait plus tourné depuis 1982. Tandis que, dans sa mise en scène très vintage, il paye son tribut à tout ce pan du cinéma B…

Pour incarner ce couple sado-masochiste lesbien, Strickland a choisi la Danoise Sidse Babett Knudsen (star de la série "Borgen", qui ne se montre guère à l’aise ici) et Chiara D’Anna, qu’il avait fait débuter dans son film précédent. Toutes deux se prêtent de bonne grâce à l’érotisme soft du Britannique. Lequel parvient à recréer ce mélange de fantastique (ici une société uniquement composée de femmes ne s’intéressant qu’à l’entomologie) et de sensualité. Malheureusement, son film se fait rapidement longuet et très répétitif. Tandis que la métaphore de la chenille et du papillon est beaucoup trop appuyée. "The Duke of Burgundy" (le nom d’un papillon) aurait sans nul doute fait un très bon court métrage, mais 1 h 40 pour nous conter l’inversion des rôles entre la sadique et la masochiste, c’est un peu trop…


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© DR

 Scénario réalisation : Peter Strickland. Photographie : Nicholas D. Knowland. Musique : Cat’s Eyes. Montage : Matyas Fekete. Avec Sidse Babett Knudsen, Chiara D’Anna, Monica Swinn… 1h44.