"Zurich" : Parenthèse désenchan tée

Un second film hollandais sensible sur un deuil impossible…

H.H.

Un second film hollandais sensible sur un deuil impossible…

L’image est surprenante, presque surréaliste. Au bord d’un chemin de campagne, une voiture est sortie de route. Sur le macadam, un guépard menaçant… S’ensuit l’errance de la conductrice, Nina, une jeune femme totalement perdue. Celle-ci hante les repaires de routiers, monte dans leurs camions, en descend en vomissant… Elle boit, chante "The Boots are Made for Walkin’ " de Nancy Sinatra dans les bars. Elle est désespérément seule, à la recherche du contact d’un homme, comme lorsqu’elle se colle à un inconnu dans la file d’une friterie… Alors, elle passe de l’un à l’autre sur les routes des Pays-Bas et d’Allemagne…

"Zurich" est le second long métrage du duo féminin Sacha Polak (à la réalisation) et Helena van der Meulen (au scénario) après "Hemel" en 2012, qui évoquait déjà, mais de façon beaucoup plus explicite, une jeune femme à la recherche d’aventures d’un soir. Cette sensibilité féminine affleure à chaque plan de "Zurich".

Tant au niveau du scénario, de la réalisation très stylisée (avec notamment une belle photographie très contrastée) que du jeu de l’actrice principale (la chanteuse Wende Snijders), "Zurich" est marqué par une profonde sensibilité. Peu disert, très délicat (trop peut-être par moments), "Zurich" suit avec la distance juste les pérégrinations d’un être dévasté. Un personnage joliment construit, sur lequel le film laisse planer très longuement le doute, le mystère. Car si l’on sent que Nina a vécu une expérience traumatisante qui l’a menée là où elle en est, on ne sait dans un premier temps à peu près rien de ce passé douloureux.

Intelligemment, la scénariste et la réalisatrice ont en effet choisi de renoncer à la chronologie classique. Divisé en deux parties, le film s’ouvre par l’errance de Nina avant, dans un second temps, de revenir en arrière pour nous faire comprendre comment elle a pu en arriver à une telle détresse, comment elle a pu perdre goût à la vie et aller jusqu’à commettre un acte inacceptable. Très joliment, "Zurich" passe d’une rencontre à l’autre, d’un moment à un autre pour capter la détresse morale de son héroïne, qui se lit sur son visage défait, dans ses gestes hagards.

Film d’atmosphère assumant sa lenteur, "Zurich" est malheureusement quelquefois victime de son parti pris impressionniste, quitte à perdre quelques spectateurs en route…


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© DR

 Réalisation : Sacha Polak. Scénario : Helena van der Meulen. Photographie : Frank van den Eeden. Montage : Axel Skovdal Roelofs. Avec Wende Snijders, Barry Atsma… 1 h 26.