"La résistance de l'air" : La main dans l’engrenage

Par son personnage principal de surdoué du tir et son ambiance d’un noir d’encre, "La Résistance de l’air" pourrait faire penser au récent "Colt 45" de Fabrice Du Welz. Sauf qu’on n’est pas ici dans un polar sous testostérone.

H.H.

Un petit film noir très tenu porté par l’excellent Reda Kateb.

"Le tir, c’est simple : il y a toi, la cible et entre les deux l’air…" Vincent Cavelle (Reda Kateb) est passionné de tir de précision. À 300 mètres au fusil, c’est même un champion, qui fait la gloire de son club du Nord de la France. Avec sa femme (Ludivine Sagnier) et sa petite fille, ils font construire une petite maison. Mais des problèmes d’argent viennent mettre leurs projets en péril. D’autant qu’après un grave AVC, le père de Vincent (Tchéky Karyo) leur tombe sur les bras. Bientôt, les voilà incapables de payer l’entrepreneur. Jusqu’au jour où Vincent rencontre Renaud, Flamand mystérieux qui a peut-être une solution à tous ses problèmes. Une solution sous forme d’un engrenage irréversible…

Par son personnage principal de surdoué du tir et son ambiance d’un noir d’encre, "La Résistance de l’air" pourrait faire penser au récent "Colt 45" de Fabrice Du Welz. Sauf qu’on n’est pas ici dans un polar sous testostérone, plutôt dans un petit polar social façon "Maintenant ou jamais" de Serge Frydman ou "Une vie meilleure" de Cédric Kahn. Ou quand l’intrigue policière s’inscrit dans un environnement social décrit avec minutie.

Ce premier film de Fred Grivois n’est pas sans défauts de jeunesse, un peu simpliste par moments (s’égarant vers la fin sur des sentiers trop convenus), avec des personnages pas toujours très bien croqués. Pourtant, le jeune cinéaste français (qui a notamment été assistant sur "Un prophète") parvient à imposer une vraie atmosphère, un climat lourd et une forme de gravité existentielle. Car, film noir oblige, la trajectoire du personnage, tiraillé par la morale et sa conscience, ne pourra être que dramatique…

Mais l’atout majeur de "La Résistance de l’air", ce sont ses comédiens. Si l’on se réjouit toujours de retrouver Ludivine Sagnier (dans un rôle plus en retrait qu’à l’accoutumée), c’est surtout Reda Kateb qui impressionne. Après "Hippocrate", "Loin des hommes" ou "Lost River", le comédien démontre une fois de plus toute l’étendue de son talent dans un rôle sombre qui lui va comme un gant.


"La résistance de l'air" : La main dans l’engrenage
©DR

 Réalisation : Fred Grivois. Scénario : Fred Grivois, Thomas Bidegain Noé Debre. Photographie : Glynn Speeckaert. Musique : Evgueni Sacha Galperine. Avec Reda Kateb, Ludivine Sagnier, Johan Heldenbergh, Tchéky Karyo… 1h38.