"Daddy Cool" : L’écume de l’enfance

Quand Cam a rencontré Maggie, il ne lui a pas caché qu’il faisait dépression nerveuse sur dépression nerveuse, mais dans les années 60 tout le monde en faisait. Dix ans et deux filles plus tard, elle sait désormais précisément ce que bipolaire veut dire.

F.Ds

Quand Cam a rencontré Maggie, il ne lui a pas caché qu’il faisait dépression nerveuse sur dépression nerveuse, mais dans les années 60 tout le monde en faisait. Dix ans et deux filles plus tard, elle sait désormais précisément ce que bipolaire veut dire.

Après s’être fait jeter de son job, après un séjour en hôpital psychiatrique, Cam est désespérément stone. Cet homme au sang bleu vit désormais dans un quartier minable de Boston, c’est tout ce que permet le modeste salaire de sa femme. C’est moins la pauvreté qui rend celle-ci malheureuse que l’impossibilité de mettre ses filles dans une bonne école. Pour leur offrir un enseignement de qualité, elle n’entrevoit d’autre solution que de reprendre des études à New York, et de confier ses enfants toute la semaine à ce père aussi fiable qu’un chauffeur du Tec.

A l’évidence, Maya Forbes a nourri son premier film de son expérience personnelle. Elle en a bavé d’avoir un père pas du tout comme les autres. D’une part, un homme au foyer au comportement imprévisible mais le plus souvent embarrassant qui lui valait de se taper la honte dans l’immeuble, dans la rue, à l’école. Et d’autre part, un père débordant d’amour qui l’accueillait avec des crêpes et pouvait passer la nuit à lui coudre une robe.

Elle en a bavé, mais elle a décidé de ne pas en faire un drame, plutôt un feel good movie, de tremper les événements traumatisants dans le sucre puisque dans le fond, elle en est sortie par le haut.

Soit un film aux vertus thérapeutiques, une opération de résilience qui résume parfaitement le titre français "Daddy Cool". Elle a décidé de voir les situations sous un angle positif en les plongeant dans un bain de farfelu, d’excentricité, d’originalité. Ce n’est pas sans rappeler Boris Vian évoquant le cancer dans "L’écume des jours". L’idée est noble, touchante mais se trouve perturbée par le fait que Maya Forbes ne s’en tient pas au seul point de vue d’une petite fille pleine de fantaisie et d’imagination qui tente de comprendre le comportement de ses parents à la manière de "Toto le héros". Elle intègre aussi celui de son père et celui de sa mère dans un élan de rédemption familiale rangeant les secrets honteux sous le tapis.

Plutôt mignon au départ avec ses adorables gamines, ce feel good movie finit par dégager un malaise. Si Mark Ruffalo s’en tire avec un grand numéro d’acteur qui l’autorise à en faire des caisses, la gêne est perceptible chez Zoe Saldana. Elle semble se demander si son personnage a quitté la barque pour la rendre plus confortable ou pour sauver sa peau.


"Daddy Cool" : L’écume de l’enfance
©dr

 Réalisation, scénario : Maya Forbes. Avec Mark Ruffalo, Zoe Saldana… 1h30