"Examen d'Etat" : Rêve du bac d’abord !

Primé au Fiff, le film de Dieudo Hamadi illustre la débrouille des Congolais

Karin Tshidimba

Primé au Fiff, le film de Dieudo Hamadi illustre la débrouille des Congolais

Au Congo, 500 000 élèves présentent l’examen d’Etat chaque année (l’équivalent du baccalauréat français) mais le coût de la scolarité est tel que les familles ne peuvent pas payer les primes réclamées par les enseignants, menaçant ainsi directement la réussite de leurs enfants. Des jeunes qui subissent déjà de plein fouet les dégradations de l’enseignement au Congo, entre bâtiments qui prennent l’eau, professeur absent ou non rémunéré (dépendant des primes payées par les parents pour survivre), et programmes de cours non respectés.

Filmant des élèves de terminale durant les quatre derniers mois de leur parcours scolaire, Dieudo Hamadi capture le quotidien de sa ville, Kisangani, entre rues chaotiques et élèves désemparés. Donnant du même coup un formidable écho aux difficultés rencontrées par tant d’anonymes; comme c’était déjà le cas dans ses films précédents "Dames en attente" et "Atalaku".

La vision de ce documentaire laisse forcément un goût amer : celui d’un appareil d’Etat qui broie les individus sans remords, ni scrupules et des personnes désespérées, prêtes à se raccrocher à n’importe quelle solution sans fondement, ni perspective (prières, marabouts, etc.) dans l’espoir d’obtenir leur diplôme.

Face à des familles incapables de subvenir à leurs besoins et à des professeurs privés de salaires et forcés de chercher d’autres moyens de subsistance, il ne reste aux élèves désargentés que la solution de la débrouille. Ils tentent donc de se regrouper et de se procurer les livres et les manuels nécessaires pour étudier de leur côté, et combler ainsi les trous du programme. Ils ont aussi recours à d’anciens élèves pour les "aiguiller" habilement sur le chemin de la réussite.

On regrettera que le film d’Hamadi en choisissant de coller aux plus près son groupe d’élèves en difficulté, n’ouvre pas suffisamment le regard sur la situation dans son ensemble : le point de vue des professeurs ou des autres élèves qui, même en ayant payé leur "minerval", restent souvent de longues semaines sans pouvoir suivre les cours. Ce faisant, il offre tout de même un regard cinglant sur les béances du système éducatif congolais qui préfère se concentrer sur l’absence de paiement et les tricheries plutôt que d’offrir un véritable socle de connaissance à ses jeunes.

En sacrifiant tous ces élèves qui tentent désespérément d’échapper à la rue et à son avenir fait de combines et de petits boulots, le Congo hypothèque son propre futur.

Primé au Festival de Namur, "Examen d’Etat" offre aussi un formidable écho au documentaire de Kristof Bilsen diffusé en télévision jeudi dernier. Comme lui, "Elephant’s dream" délaisse les gros titres des journaux évoquant les manœuvres politiciennes, les grands chantiers ou les faits de guerre à l’Est du pays, pour s’intéresser au quotidien des citoyens. Entre les soucis des postiers, des pompiers, des responsables de chemin de fer et ceux des professeurs, il y a de nombreux et troublants points communs.


"Examen d'Etat" : Rêve du bac d’abord !
©dr

 Réalisation : Dieudo Hamadi, 92 minutes.