"Mr Holmes" : Sherlock perd la boule

L'Anglais Bill Condon prend un malin plaisir à démonter la légende du plus célèbre des détectives. Campé par un Ian Mckellen juste parfait dans le rôle de ce Sherlock vieillissant. Savoureux.

H. H.

Bill Condon s’amuse avec la légende de Sherlock Holmes… Savoureux.

Très âgé en ce début de XXe siècle, Sherlock Holmes vit retiré dans un beau manoir de la campagne anglaise, pris en charge par la dure à cuire Mrs Munro. De retour d’une enquête au Japon, le vieux détective privé se rend compte que celle-ci sera sans doute sa dernière. Malgré tous ses efforts et la plante magique qu’il a ramenée de son voyage lointain, sa mémoire le lâche irrémédiablement. Bientôt, ses pense-bêtes inscrits sur ses manches de chemise ne suffiront plus. Mais avant de devenir complètement sénile, Sherlock décide de se repencher sur une vieille histoire non résolue, malgré le récit élogieux qu’en fit son fidèle Watson dans sa mise en roman…

Après avoir clôturé, en deux films, la saga "Twilight" puis porté à l’écran le combat de Julian Assange dans "The Fifth Estate", l’Anglais Bill Condon prend un malin plaisir à démonter la légende du plus célèbre des détectives. Campé par un Ian Mckellen juste parfait dans le rôle de ce Sherlock vieillissant (bien loin de la cape et du bâton de Gandalf dans le "Seigneur des anneaux"), le héros de Sir Conan Doyle n’hésite pas à casser son propre mythe : il ne fume pas la pipe; il préfère le cigare. Quant à cette horrible casquette ridicule dont l’affuble Watson, il ne l’a jamais portée !

Mais Bill Condon va plus loin que la simple variation sur un thème connu. Malgré un côté un peu tire-larmes - notamment dans la relation entre le vieil homme et le jeune fils de sa gardienne (Laura Linney, que Condon avait déjà filmée dans "Kinsey" dix ans auparavant), "Mr. Holmes" est aussi un très joli film sur les histoires que l’on raconte et celles que l’on se raconte. Peu importe d’ailleurs la réalité de celles-ci, la vérité ne résidant peut-être que dans l’effet qu’elles peuvent avoir sur ceux qui les écoutent, les lisent ou les regardent.

On sent une forme de jubilation chez le réalisateur à jouer sans cesse avec les différents niveaux de réalité, qui s’emmêlent dans le cerveau d’un vieil homme perdant la tête. Où est le vrai ? Dans la version canonique de Watson (alias Conan Doyle) ? Dans les souvenirs embrumés de Sherlock Holmes lui-même ? Nulle part… Elle ne réside que dans le fait de raconter l’histoire. Seul ne compte finalement que la voix du conteur…


"Mr Holmes" : Sherlock perd la boule
©IPM

 Réalisation : Bill Condon. Scénario : Jeffrey Hatcher (d’après le roman "A Slight Trick of the Mind" de Mitch Cullin). Photographie : Tobias A. Schliessler. Musique : Carter Burwell. Avec Ian McKellen, Milo Parker, Laura Linney… 1 h 44.