"Everest" : Défier le toit du monde

Un grand film d’aventures, impressionnant mais un peu vide, sur une tragédie au sommet de l’Everest.

Hubert Heyrendt

Un grand film d’aventures, impressionnant mais un peu vide, sur une tragédie au sommet de l’Everest.

Porté par un casting solide emmené par Jason Clarke, Jake Gyllenhaal et Josh Brolin, "Everest" retrace deux expéditions himalayennes parallèles qui se soldèrent, le 10 mai 1996, par la mort de huit alpinistes dans une tempête de neige. Tourné en 3D dans des paysages à couper le souffle, "Everest" est un grand film d’aventures ultra-efficace, qui opte pour un réalisme forcené pour raconter cette tragédie qui a profondément marqué le monde de l’alpinisme.

Signé par l’Islandais Baltasar Kormákur (à qui l’on devait déjà "Survivre" en 2012, contant le périple d’un marin rescapé d’une tempête en mer), le film s’appuie sur le livre "Tragédie à l’Everest" ("Into Thin Air"), récit controversé que fit de l’expédition l’un des survivants, l’alpiniste et journaliste américain Jon Krakauer (Michael Kelly à l’écran), dont Sean Penn avait déjà adapté "Into the Wild" en 2007. A la différence de celui-ci, Kormákur ne cherche pas à donner à son récit une dimension spirituelle. Ce qui l’intéresse, ce sont les faits, rien que les faits. Pour les retracer, le cinéaste a également pu compter sur le témoignage, contradictoire, d’Anatoli Boukreev, guide kazakh héroïque durant la tragédie, décédé l’année suivante dans une ascension de l’Annapurna. Ce qu’il gagne en efficacité narrative, "Everest" le perd en un point de vue plus tranché sur les événements qu’il relate.

Vaincu pour la première fois le 29 mai 1953 par le Néo-Zélandais Edmund Hillary et son sherpa népalais Tenzing Norgay, l’Everest exerce sur tous les alpinistes de la planète une irrésistible force d’attraction. Y compris sur des aventuriers du dimanche ne possédant peut-être pas les qualités physiques requises pour tenter son ascension. Cette mortelle randonnée fut en effet organisée par la société Adventure Consultants, créée en 1992 par le Néo-Zélandais Rob Hall (campé par Jason Clarke). Contre la modique somme de 65 000 dollars, celle-ci se proposait d’emmener ses riches clients sur les plus hauts sommets de la planète… Egalement en cause, la société Mountain Madness de l’Américain Scott Fischer (Jake Gyllenhaal), elle aussi spécialisée dans ces ascensions commerciales… Cette privatisation de l’Himalaya comme cause principale de la catastrophe, c’est la thèse Krakauer, reprise, mais en filigrane seulement, par Kormákur.

Plutôt simpliste - notamment à travers les personnages ridicules de Keira Knightley et de Robin Wright, réduites aux rôles de faire-valoir attendant sagement le retour de leurs hommes à la maison -, ce film très hollywoodien ne développe pas assez les motivations de ces hommes et de ces femmes qui décidèrent de grimper les 8 448 mètres du toit du monde…

Sur un thème analogue de l’homme vaincu par une nature implacable, on se souvient du formidable documentaire de Werner Herzog "Grizzly Man", sur un jeune Américain tellement passionné par les ours qu’il finit dévoré par ceux-ci. Le cinéaste allemand posait, lui, un vrai regard sur la nature, dangereuse, inquiétante. Dans "Everest", celle-ci se contente d’être majestueuse, trop grande pour ces petites fourmis qui péchèrent par orgueil en pensant qu’ils pourraient la défier…

"Everest" : Défier le toit du monde
©DR

 Réalisation : Baltasar Kormákur. Photographie : Salvatore Totino. Musique : Dario Marianelli. Scénario : William Nicholson&Simon Beaufoy. Avec Jason Clarke, Jake Gyllenhaal, Josh Brolin, Robin Wright, Emily Watson, Keira Knightley, Sam Worthington… 2 h 01.