"Premiers crus" : La daube de la semaine

Alors que vaut ce "Premiers crus" de Jérôme Le Gris ? Le scénario, c’est comme le raisin, s’il est pourri, on ne pourra pas en tirer un grand vin. Alors "Premiers crus", il faut le boire tout de suite, pas question de lui montrer la cave.

Denis Fernand

Le langage de l’œnologue commentant le contenu de son verre a quelque chose de celui du critique des "Cahiers du cinéma" disséquant un film de Jean-Marie Straub. Poilant et intrigant, mais où vont-ils cherché tout cela ?

Dans "Premiers crus", on n’échappe ni aux grands schlurp, ni à l’air inspiré du vigneron humant son terroir. C’est qu’il en a par-dessus la grappe. Sa femme s’est barrée, son fils aussi et depuis, il ne s’intéresse plus qu’à la pêche. Résultat, le domaine est à sept jours de la liquidation, et du rachat. Par les Japonais, passe encore; mais par la voisine, c’est la suprême humiliation. Chauffé par sa sœur, le fiston rapplique comme Zorro mais avec ses méthodes. Fini, le tracteur, les sulfites et les cuves en alu; retour au cheval, aux pieds dans les raisins et même aux amphores. Comme au temps des Romains.

Alors que vaut ce "Premiers crus" de Jérôme Le Gris ? Le scénario, c’est comme le raisin, s’il est pourri, on ne pourra pas en tirer un grand vin. Alors "Premiers crus", il faut le boire tout de suite, pas question de lui montrer la cave. Voila bien une bouteille qui rentre à la maison par distraction ou offerte par quelqu’un qui voulait s’en débarrasser ou séduit par l’étiquette avec le brushing Dessange de la jolie Alice Taglioni et le profil beauf poivre et sel de Gérard Lanvin. "Premiers crus" a le goût tout à la fois sucré de la musique qui stabilose les intentions, huileux de la grue qui s’élève sur les vignobles de Bourgogne et moisi des petites gabineries façon Lanvin.

En pleine foire au vin, un film qui tombe à piquette.


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© DR

 Réalisation : Jérôme Le Gris. Scénario : Rémi Bezançon, Vanessa Portal, J. Le Gris. Avec Gérard Lanvin, Jalil Lespert, Alice Taglioni… 1h37