"Fatima" : Sous le voile, une femme

Fatima est une héroïne, une vraie. Et pourtant, cela ne se voit pas.

Fernand Denis

Fatima est une héroïne, une vraie. Et pourtant, cela ne se voit pas.

Fatima vit avec ses deux filles, elles sont toute sa famille, toute sa vie. Leur père est parti avec une autre femme alors ses filles, c’est tout ce qui compte pour elle. Vraiment tout car elle-même ne compte plus.

Même ses deux gamines ne voient pas que c’est une héroïne. Enfin la grande oui! Nesrine voit sa mère se sacrifier, vendre ses bijoux, augmenter ses heures de travail pour lui permettre d’étudier dans un petit appartement tranquille, d’aborder sa première année de médecine dans les meilleures conditions.

Mais pour Souad, la petite de quinze ans, sa mère, c’est la honte, une incapable, une ânesse comme elle dit. Elle ne parle même pas le français, ne sait pas le lire, elle est tout juste bonne à nettoyer la merde des autres.

Philippe Faucon n’a pas besoin d’un pitch pour brosser un portrait complexe, sensible, humain d’une immigrée algérienne, totalement isolée à la fois par ses horaires de femme de ménage, par son incapacité à parler et lire le français, par ses voisines qui jalousent le début de réussite sociale de sa fille, laquelle échapperait ainsi au voile, à la cité, au déterminisme.

Film après film, le réalisateur de "Samia", "La trahison", "La désintégration" (sur l’endoctrinement par des fanatiques, film 2012 qui annonce l’attentat contre "Charlie Hebdo") porte sur les membres de cette communauté un regard qui échappe au discours, à l’idéologie, aux clichés. Son approche n’est ni militante, ni édulcorante non plus, pas même documentaire; juste bienveillante, tout simplement.

Au moyen d’une mise en scène quasi invisible, sur un ton d’une relative douceur, il rend captivant le destin banal de cette mère courage à la recherche d’elle-même. Son secret, ce sont ses interprètes. Elles respirent, le vrai, l’authentique, le naturel. La mère au dévouement poignant comme les deux filles, particulièrement la plus jeune à la langue aussi fleurie que féroce et blessante. Et puis, ses plans respirent et laissent au spectateur le temps de l’observation et de l’interrogation.

Au bout du compte, "Fatima" est un tour de force pudique, qui laisse une impression plus durable que bien des films plus engagés, plus spectaculaires, plus manipulateurs.


"Fatima" : Sous le voile, une femme
©DR

 Réalisation : Philippe Faucon. Scénario : Philippe Faucon d’après l’œuvre de Fatima Elayoubi. Avec Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche… 1h19