"The Walk" : reconstitution à faire frissonner de peur, se cramponner à son siège

Robert Zemeckis retrace le happening artistique du funambule Philippe Petit, entre les deux tours du WTC. Vertigineux !

Philippe Petite (Joseph Gordon-Levitt) in TriStar Pictures' THE WALK.
Philippe Petite (Joseph Gordon-Levitt) in TriStar Pictures' THE WALK.
Hubert Heyrendt

Robert Zemeckis retrace le happening artistique du funambule Philippe Petit, entre les deux tours du WTC. Vertigineux !

C’est sans doute l’un des actes les plus poétiques que l’on puisse imaginer. Un acte gratuit de pure liberté. Au matin du 7 août 1974, les passants qui levèrent les yeux vers le sommet des deux tours du World Trade Center à Manhattan aperçurent, au lever du jour, une ombre se promenant à 420 m de haut, dansant sur un fil au-dessus du vide. Ce coup artistique magique réalisé par le Français Philippe Petit avait déjà été raconté dans le superbe documentaire "Man on Wire" (cf. ci-dessous). Robert Zemeckis reprend cette histoire magique côté fiction pour un grand film hollywoodien très spectaculaire !

"The Walk" : reconstitution à faire frissonner de peur, se cramponner à son siège
©DR


Le réalisateur de "Retour vers le futur" (dont on fête en ce moment le trentième anniversaire), "Forrest Gump" ou "Seul au monde" choisit de retracer l’exploit artistique de Philippe Petit de façon assez classique. Campé par Joseph Gordon-Levitt (qui prend joliment l’accent français), le funambule raconte au spectateur, du sommet de la Statue de la Liberté, comment est née en lui cette idée folle de tendre un câble entre les deux tours les plus hautes du monde. Simplement en feuilletant chez le dentiste un magazine présentant le futur World Trade Center, encore à l’état de projet…

Dans sa description du Paris du début des années 70, Zemeckis ne peut s’empêcher de sombrer dans une reconstitution très cliché, comme le cinéma hollywoodien sait si mal le faire. Tandis qu’il transforme Philippe Petit en un véritable clown de cirque. Laborieuse, cette première partie de comédie burlesque découragerait presque de poursuivre la vision. Ce serait dommage car le film démarre réellement dès qu’il s’agit de reconstituer "le coup", préparé comme un casse de banque : comment acheminer 100 m de câble métallique et tout le matériel nécessaire à cette traversée sans se faire remarquer ? Qui étaient les complices de Petit à New York ? Et dès que le funambule pose un pied sur son fil tendu à plus de 400 m de hauteur pour s’en aller danser au-dessus du vide, "The Walk" devient sidérant.

Comme pour le très impressionnant crash aérien qui introduisait "Flight", son film précédent, Robert Zemeckis réussit dans "The Walk" à véritablement faire vivre l’événement au spectateur, à le faire frissonner de peur, se cramponner à son siège. Pour y parvenir, le cinéaste peut compter sur une utilisation très intelligente de la 3D. Celle-ci est en effet utilisée de façon assez inédite. Non pas, comme souvent, de façon horizontale pour rendre la profondeur, mais de façon verticale pour rendre palpable le vide vertigineux qui s’étend sous les pieds de Philippe Petit.

On peut regretter que Zemeckis n’accentue pas la dimension poétique, voire politique de cet incroyable happening libertaire; il se contente d’évoquer, assez sobrement, le 11 septembre, qui détruisit ces tours qui semblaient avoir été construites pour Petit. Le réalisateur américain signe néanmoins un grand moment de cinéma, un divertissement hollywoodien totalement bluffant.


"The Walk" : reconstitution à faire frissonner de peur, se cramponner à son siège
©DR

 Réalisation : Robert Zemeckis. Scénario : Christopher Browne et Robert Zemeckis (d’après "To Reach the Clouds" de Philippe Petit). Photographie : Don Burgess. Musique : Alan Silvestri. Montage : Jeremiah O’Driscoll. Avec Joseph Gordon-Levitt, Ben Kingsley, Charlotte Le Bon, Clément Sibony… 2h03

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