"En mai, fais ce qu'il te plait": Embarrassant

Un cinéma de papa désespérant de naïveté, refusant sans cesse de faire face à la gravité pour rester à l’écume des choses.

Hubert Heyrendt

Ouch ! Quel beau loupé que le dernier film de Christian Carion, qui retrace l’épopée des habitants d’un petit village du Nord de la France forcés, face à l’avancée des troupes allemandes en mai 1940, à l’exode vers Bordeaux. Le sujet est grave et d’actualité (comme le souligne le générique), alors qu’arrivent par milliers des réfugiés fuyant les guerres en Syrie, en Irak, en Afghanistan… Est-ce une raison pour être incapable de le traiter avec un minimum de profondeur ?

Carion essaye ici de réitérer le coup de "Joyeux Noël" en 2005, qui mettait en scène les fraternisations entre tranchées françaises et allemandes au début de la Première Guerre mondiale. Déjà à l’époque, le cinéaste français était à deux doigts d’en faire trop, de verser dans une forme de sentimentalisme complaisant. Cette fois, il perd complètement l’équilibre, dans une reconstitution tire-larmes qui sent la naphtaline. Un cinéma de papa désespérant de naïveté, refusant sans cesse de faire face à la gravité pour rester à l’écume des choses.

Si la mise en scène est indigne, le pire est sans doute la direction d’acteurs. Olivier Gourmet, Mathilde Seigner, Jacques Bonnaffé ou Laurent Gerra (reprenant à Dany Boon le rôle de comique de service) jouent tous comme des cochons. Ils n’ont absolument rien à défendre, alors ils en font des tonnes ! Que ce soit le maire du village, sa femme, le gentil résistant allemand, la jolie institutrice… Chaque personnage est réduit à une coquille vide, au service d’une vision niaise de l’horreur de la Seconde Guerre mondiale. Embarrassant…

"En mai, fais ce qu'il te plait": Embarrassant
©IPM

  Réalisation : Christian Carion. Scénario : Andrew Bampfield, Christian Carion Laure Irrmann. Photographie : Pierre Cottereau. Musique : Ennio Morricone. Avec Olivier Gourmet, August Diehl, Mathilde Seigner, Alice Isaaz, Laurent Gerra, Jacques Bonnaffé… 1 h 54.