"La vie en grand" : Quand le chef op’ de "Intouchables" met en scène "les 400 coups" en banlieue

"La vie en grand" est un film qui fait du bien. Le sujet est lourd mais le traitement est léger, à la manière de "Intouchables" ou de "Samba". La comparaison ne doit rien au hasard, Toledano et Nakache ont produit le film de leur chef op’, Mathieu Vadepied.

F. Ds

"La vie en grand" est un film qui fait du bien. Le sujet est lourd mais le traitement est léger, à la manière de "Intouchables" ou de "Samba". La comparaison ne doit rien au hasard, Toledano et Nakache ont produit le film de leur chef op’, Mathieu Vadepied.

Alors Adama vit avec sa mère dans la cité. La faute à la loi anti-polygamie qui oblige sa maman à vivre éloignée de son mari et qui coupe ainsi Adama de sa fratrie. Pour se faire un peu d’argent, le gamin monte des étals sur les marchés avant de se rendre au lycée où il est au dernier stade avant l’expulsion. Sa dernière chance a pris la forme d’un contrat où il s’engage à ne plus se bagarrer et à réussir son année.

Et voila que se produit un événement extraordinaire. A l’endroit où le dealer du quartier s’est fait pincer, son copain Mamadou a découvert une plaquette de shit. De quoi se faire 350 euros chacun. Et les deux gamins de reprendre le business en se considérant "insoupçonnables" : Adama a 14 ans mais en paraît 12 et Mamadou semble avoir 10 ans à tout casser. Pas encore ados et déjà dealers, horrible non !

Pas du tout. Adama y voit surtout la possibilité d’améliorer l’ordinaire de sa maman, de lui acheter une machine à laver, par exemple. Encore faut-il endormir sa méfiance, en choisissant un électroménager légèrement cabossé et largement discounté.

"La vie en grand" relève du conte qui prend à contre-pied les clichés du film de banlieue. Au drame naturaliste bien glauque, il oppose une comédie rafraîchissante portée par la bonne humeur irrésistible, la naïveté savoureuse de ses deux interprètes. A la violence à tous les coins de rue, il substitue les gags à tous les coins du lycée, le cœur de l’action et la chance d’un avenir pour les deux gamins. Parmi les meilleures idées d’un Adama désormais blindé de thunes mais incapable de les dépenser, s’il ne veut pas se faire repérer, celle d’engager un clodo pour jouer son père devant la préfète. Un "figurant" qui va prendre son job bien plus au sérieux que prévu.

Autant de purs moments de comédie, la preuve qu’il est possible de peindre la banlieue autrement qu’en noir sans pour autant voir la vie en rose car les gros dealers ne sont pas devenus gentils et sympas. Une façon de regarder la réalité autrement, à la façon d’un feel good movie qui croit en la nature humaine, dans l’école et ses professeurs. Comme "La tête haute" d’Emmanuelle Bercot croyait dans la Justice, ses juges de la jeunesse, les services sociaux.


"La vie en grand" : Quand le chef op’ de "Intouchables" met en scène "les 400 coups" en banlieue
©DR

 Réalisation : Mathieu Vadepied. Scénario : Olivier Demangel, Vincent Poymiro, Mathieu Vadepied. Avec Balamine Guirassy, Ali Bidanessy, Guillaume Gouix… 1h33.