"Le voyage d'Arlo" : Scénario antédiluvien

Pixar remixe "Le monde de Nemo" et "Le Roi Lion". Efficace mais éculé.

Alain Lorfèvre

Pixar remixe "Le monde de Nemo" et "Le Roi Lion". Efficace mais éculé.

C’est l’éternelle histoire du vilain petit canard - en l’occurrence un diplodocus. Dans une préhistoire où les dinosaures ont survécu, Arlo, peureux et chétif, peine à réussir un rite de passage. Son père, qui a toujours cru en lui, lui confie la tâche de se débarrasser de la créature qui vole leurs réserves de maïs. Lorsqu’Arlo capture le voleur - un petit d’homme sauvageon - il hésite à le tuer. La disparition consécutive de son père laisse le jeune dino abattu. Et lorsque revient le petit voleur, son désir de vengeance va emmener Arlo très loin…

Quelques mois à peine après "Vice Versa", voici la deuxième réalisation des studios Pixar de l’année. C’est indéniable : les créateurs de "Toy Story" demeurent des animateurs hors pair, dotés de moyens techniques impressionnants - au risque de pratiquer le photoréalisme par pur effet tape-à-l’œil. Leur art de la narration est roué et redoutable : "Le voyage d’Arlo" enchaîne les péripéties sans temps mort. Les scènes d’action sont d’une rare fluidité et lisibilité. Et elles sont entrecoupées de moments de répit d’une grande beauté formelle.

Mais ce talent est gâché par un scénario convenu, qui en recycle d’autres, hélas. L’argument de départ rappelle "Le Monde de Nemo". Le traumatisme fondateur, détonateur du grand voyage initiatique renvoie à d’autres classiques du genre. "Le voyage d’Arlo" remâche la trame du "Roi Lion". Le traitement demeure très masculin, au demeurant, puisque s’accomplissant dans la bravoure, la lutte et l’affirmation d’une force physique comme illustration de l’accomplissement moral. Spot, le petit sauvageon, tient aussi - jusque dans son animation - du Mowgli du "Livre de la Jungle"… Certains plans sont même recyclés d’autres productions Pixar.

Au-delà de ce qui apparaît comme un assèchement créatif criant, on relèvera aussi un credo traditionaliste. Là où "Toy Story" mettait en scène une famille d’orphelins, là où "Monstres et Cie" et "Ratatouille" vantaient la richesse de la différence et de l’altérité, "Le voyage d’Arlo" se contente d’une ode à la famille nucléaire et au "chacun chez soi, avec ses semblables". Pixar se trumperait-il ?


"Le voyage d'Arlo" : Scénario antédiluvien
©DR

Réalisation : Peter Sohn. 1h40.