"Problemski Hotel" : Chœur d’exil en manque de cœur

Une histoire de migrants trop décalée et déconnectée du réel.

A.Lo.

Une histoire de migrants trop décalée et déconnectée du réel.

"Problemski Hotel" tombe a priori en pleine actualité : quelque part dans une tour désaffectée de Bruxelles (en réalité l’ancien siège Fortis du centre de Bruxelles), un groupe de candidats réfugiés, tous sans papier, traînent leur ennui tout en affrontant les méandres kafkaïens de l’Office des Etrangers.

Figure symbolique, Bipul (Tarek Halaby) est l’interprète amnésique de cette communauté hétérogène. Il ne sait plus qui il est ni d’où il vient - le "Nulle-part-istan" répond-il quand on l’interroge. Avec son ami Mahsun (Gökhan Girginol), il fume sur le pas de la porte du bâtiment, participe aux réunions de formation et d’information, joue les médiateurs et philosophe sur sa situation et celle de ses compagnons de transit. Et, éventuellement, succombe aux charmes de Lidia (Evgenia Brendes), qui cherche à rejoindre Londres.

Ce premier long métrage de fiction du dramaturge Manu Riche est adapté d’un roman éponyme de Dimitri Verhulst, l’auteur de "La Merditude des Choses", déjà adapté au cinéma par Felix Van Groeningen.

Dimitri Verhulst avait écrit son livre en s’inspirant d’histoires réelles, observées dans des centres fermés en Belgique. La transposition à l’écran abandonne tout souci de réalisme. Riche tente de jouer d’un humour à froid, s’appuie sur des personnages qui se veulent incarnation symbolique d’une idée ou d’une catégorie. Chacun tient son rôle si fermement, que le récit tourne rapidement en rond, comme la fonctionnaire de l’Office des Etrangers qui fait son footing dans les couloirs déserts de centre d’accueil.

On pourrait bien sûr voir dans le piétinement du récit une métaphore de la situation de ces sans-papiers. Mais celle-ci ne suffit pas à construire un film captivant ou pertinent. A fortiori, vu l’urgence et l’actualité du sujet, vu la tragique répétition présente des drames humains, la dimension pontifiante, voire vaguement moralisatrice, de certaines scènes paraît un luxe inutile, une fioriture qui frise la prétention. L’humour à froid laisse souvent de marbre, même si sa cible paraît évidente. Fort heureusement, la caricature n’épargne pas plus les personnages belges que les migrants.

Le réalisateur et son équipe sont aussi un peu trop tombés sous le charme de leur décor - fascinant certes : l’ancien bâtiment de BNP Paribas, bunker de béton et de verre typique de l’architecture internationale des années 60 devient un personnage à part entière du film. On revient souvent dans son immense salle des guichets déserte. L’opposition entre cet ancien temple de la finance - lui-même victime des ressacs de la crise de 2008 - et les individus errants et désargentés qu’il accueille se veut également symbolique.

Mais, une fois encore, cela ne justifie pas un long métrage. Il manque précisément à ce film qui traite de la déshumanisation un supplément d’âme et d’humanité, un peu de corps qui donnerait à ce chœur un peu plus de cœur.

On retient toutefois l’interprétation, souvent juste, des principaux comédiens. C’est déjà ça, mais ce n’est pas assez.


"Problemski Hotel" : Chœur d’exil en manque de cœur
©DR

 Avec Hayder Helo, Lydia Indjova, Gökhan Girginol, Evgenia Brendes, Marijke Pinoy,… 1h50