"Elser" : 13 minutes qui auraient changé le monde

Après "La chute", Oliver Hirschbiegel interroge à nouveau le passé nazi de l’Allemagne dans un biopic poussiéreux.

ELSER Bild 3 Georg Elser (Christian Friedel) Foto: Bernd Schuller Tel: 0049-171-1934908
ELSER Bild 3 Georg Elser (Christian Friedel) Foto: Bernd Schuller Tel: 0049-171-1934908
Heyrendt Hubert

Après "La chute", Oliver Hirschbiegel interroge à nouveau le passé nazi de l’Allemagne dans un biopic poussiéreux.

Avec "13 Minutes", Oliver Hirschbiegel poursuit le travail de mémoire de l’Allemagne en réhabilitant la figure oubliée de Georg Elser. Le 8 novembre 1939, ce jeune menuisier échoua de peu à faire tomber le nazisme dans une tentative d’attentat qui visait Hitler et les principaux dignitaires du régime, réunis à la brasserie munichoise "Bürgerbräukeller" pour célébrer, comme chaque année, le putsch raté de 1923. Hitler ayant écourté son discours, les participants à la réunion ont quitté la salle treize minutes avant l’explosion de sa bombe artisanale, qui tua finalement sept personnes, dont des civils…

Si Elser avait réussi dans son entreprise, le cours de la guerre, déclenchée deux mois plus tôt, et celui de l’Histoire du XXe siècle auraient indubitablement été moins sombres. Jusqu’à sa mort dans le camp de Dachau le 9 avril 1945, le jeune sympathisant communiste a toujours affirmé avoir agi seul, dans l’espoir d’"empêcher la guerre" et toutes les horreurs qu’il pressentait.

Après "La chute", qui racontait de façon très forte les derniers jours d’un Hitler malade dans son bunker berlinois, Hirschbiegel revient donc à l’histoire allemande. Est-ce son détour par Hollywood (pour le thriller de science-fiction "The Invasion" et le biopic de la Princesse de Galles "Diana") ? Toujours est-il qu’il ne retrouve pas la même puissance narrative. Très convenue (notamment le choix de la lumière passée pour les flash-backs), sa mise en scène joue la carte de l’aller-retour entre les interrogatoires sanglants d’Elser par le chef de la police criminelle Arthur Nebe (excellent Burghart Klaußner) et le chef de la Gestapo Heinrich Müller (Johann von Bülow) et le souvenir de sa jeunesse dans une Allemagne des années 30 de carte postale.

Le problème, c’est que, malgré une reconstitution historique (trop) minutieuse, le cinéaste ne s’intéresse jamais vraiment à ce que cela représente, pour un jeune homme, d’assister à la chute morale de son pays. Tandis que la volonté didactique est telle qu’il ne reste plus de place à l’imagination du spectateur pour réellement interroger la figure de cet homme qui refusa de se résigner à la victoire du totalitarisme.

"13 minutes" est téléfilm édifiant, pas plus. Incarné par Christian Friedel (vu dans "Poulet aux prunes" de Marjane Satrapi), Elser apparaît ici comme un être fade, coureur de jupons et en même temps amoureux fou d’une femme mariée… Hirschbiegel peine à nous faire entrer dans la tête du concepteur d’un attentat préparé de longue main et avec une incroyable ingéniosité. Celui-ci apparaît même comme un homme froid, désincarné. Là où, justement, le cinéaste allemand avait su dépeindre un Hitler fragile, horriblement humain dans "La chute" (la prestation de Bruno Ganz était, il est vrai, exceptionnelle).

Tandis que le réalisateur prend quelques libertés avec l’Histoire, faisant presque passer Nebe pour un héros… Si l’homme fut pendu à la fin de la guerre, soupçonné d’être venu en aide aux responsables de l’attentat contre Hitler du 20 juillet 1944, c’est oublier un peu vite qu’il fut impliqué dans le programme d’euthanasie du régime nazi et qu’à la tête de l’Einsatzgruppe B, il fut responsable de la mort d’au moins 45 000 personnes…


"Elser" : 13 minutes qui auraient changé le monde
©DR

 Réalisation : Oliver Hirschbiegel. Scénario : Léonie-Claire & Fred Breinersdorfer. Musique : David Holmes. Avec Christian Friedel, Katharina Schüttler, Burghart Klaußner, Johann von Bülow… 1h50.