"The Danish Girl" : Eddie Redmayne incarne la première femme transsexuelle de l’Histoire

Cette production anglo-américaine (et même un peu belge) retrace le destin d’Einar Wegener, jeune peintre danois qui fut, sous le nom de Lili Elbe, la première femme transsexuelle de l’Histoire. Un destin extraordinaire.

Hubert Heyrendt

Alors que les questions transgenres semblent être définitivement entrées sur la place publique - avec notamment Caitlyn Jenner, l’ex-beau-père de Kim Kardashian, devenue son ex-belle-mère -, "The Danish Girl" arrive au bon moment. Cette production anglo-américaine (et même un peu belge) retrace en effet le destin d’Einar Wegener, jeune peintre danois qui fut, sous le nom de Lili Elbe, la première femme transsexuelle de l’Histoire. Un destin extraordinaire puisque Einar fut le premier à poser, de façon très concrète, la question de l’identité sexuelle, affirmant que l’on peut naître femme dans un corps d’homme…

Si le film est très attendu, c’est qu’il est signé Tom Hooper. En 2010, celui-ci avait obtenu l’Oscar du meilleur réalisateur et celui du meilleur film pour "Le discours d’un roi". Là aussi, il s’attachait à décrire le destin d’un personnage historique à qui la société imposait un rôle qui n’était pas le sien. Et signe une nouvelle reconstitution historique très sage tournée au Danemark, en Allemagne et à Bruxelles (dont les décors Art nouveau reconstituent le Paris des Années folles).

Le problème de "The Danish Girl" tient précisément dans sa volonté de "reconstitution". Visant le plus grand nombre, le film se veut le plus accessible possible, en multipliant les clichés et en surlignant absolument chaque scène. Et ce notamment à cause d’une partition omniprésente signée Alexandre Desplat. Pour une fois, le compositeur français rate son coup, souvent à contresens du propos, le film prenant par moments des airs de "freak show" quand la musique se fait presque fantastique.

Le jeu d’Eddie Reydmane est à l’avenant. Comme dans "The Theory of Everything" (qui lui valut l’Oscar l’année dernière pour son interprétation de l’astrophysicien handicapé Stephen Hawking), le jeune acteur britannique en rajoute systématiquement. Chaque regard doit être chargé d’une intention, chaque pose féminine est ultramaniérée… Bref, une nouvelle "performance" qui lui a permis, sans surprise, de décrocher à nouveau une nomination à l’Oscar.

Face à lui, on retrouve un Matthias Schoenaerts plus en retenue (dans le rôle de son ami d’enfance devenu galeriste à Paris) mais surtout Alicia Vikander (à l’affiche récemment de "Testament of Youth"). La jeune actrice suédoise offre un contraste parfait, optant pour la sobriété et le naturel pour faire passer, dans son regard, bien plus d’émotion que Redmayne. Elle incarne d’ailleurs un personnage aussi intéressant, sinon plus, celui de la femme d’Einar, elle aussi artiste. Lui restant à jamais fidèle, elle l’accompagnera jusqu’au bout de sa transformation et, sa vie durant, continuera de peindre des portraits de Lili Elbe…


"The Danish Girl" : Eddie Redmayne incarne la première femme transsexuelle de l’Histoire
©DR

 Réalisation : Tom Hooper. Scénario : Lucinda Coxon (d’après le roman de David Ebershoff). Photographie : Danny Cohen. Musique : Alexandre Desplat. Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Matthias Schoenaerts, Amber Heard, Ben Whishaw, Adrian Schiller… 1h59.