"Les Saisons" : Quand l’Europe était une fôret

Après "Le Peuple migrateur" et "Océans", Jacques Perrin est de retour sur terre.

Fernand Denis

Après "Le Peuple migrateur" et "Océans", Jacques Perrin est de retour sur terre.

Le peuple migrateur. Cent minutes à tire d’aile, parmi les oies, les grues, les bernaches, les pélicans survolant la planète du nord au sud, du froid au chaud sur des milliers de kilomètres. En 2001, Jacques Perrin posait une formidable balise sans commentaire dans l’histoire du documentaire animalier : s’émerveiller, rêver, voler comme Peter Pan au côté des oiseaux.

Quinze ans plus tard, on se souvient toujours de ce voyage magique et vertigineux obtenu grâce à l’imprégnation, une technique d’approche astucieuse des oiseaux. Se souviendra-t-on des "Saisons" en 2030, c’est moins sûr, car cette nouvelle production de Jacques Perrin ne nous transporte pas sur un nuage mais en forêt.

Déjà, le titre ne sera d’aucun secours. Avec "Les Saisons", on s’attend à un film en quatre parties montrant les métamorphoses annuelles de la nature. Or, c’est l’histoire de la forêt qui nous est contée. Apparue voici 12 000 ans à l’issue de la dernière glaciation, elle s’est développée sur toute l’Europe, générant et nourrissant une vie animale variée où les grands mammifères avaient leur place. Puis, l’homme est venu se servir en bois, domestiquer les animaux, fragmenter le territoire, pousser les ours et les grands félins dans les derniers endroits sauvages, vers le Nord et les montagnes.

En gros, "Les Saisons" montre comment après des milliers d’années de forêt profonde, l’environnement s’est modifié, par l’action de l’homme, pour quantité d’animaux . Une biche, par exemple, a vu son paradis terrestre luxuriant rétrécir pour devenir une plaine de jeux pour chasseurs. Une analyse que ne partage pas forcément le geai, surtout au temps des cerises, la campagne lui a ouvert des espaces et des saveurs.

Si Jacques Perrin revient au commentaire, c’est juste pour donner la mesure de l’ambition de l’ouvrage : raconter la forêt dans sa dimension temporelle. Ensuite, son principe reprend ses droits, ce sont les images qui parlent. Elles sont d’une netteté, d’une précision presque suspecte. La course d’un sanglier poursuivi par les loups, un lynx à l’affût d’une biche en plongée; ces moments sont filmés de façon tellement virtuose qu’ils posent spontanément question. Très belles, absolument saisissantes, ces séquences de vie sauvage n’ont pas la magie des oiseaux en vol. La probabilité de voler à côté d’une bernache est nulle alors que celle de se trouver face à un sanglier, un lynx ou des loups est de l’ordre de l’improbable mais du néanmoins possible.


"Les Saisons" : Quand l’Europe était une fôret
©DR

 Un documentaire de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud. 1h 37