"Point Break 3D" : Un remake sans limite

Une relecture très RebBull du film de Bigelow.

Hubert Heyrendt

Une relecture très RebBull du film de Bigelow.

Tous les ingrédients sont là : le surf, le saut en parachute, les braquages, les personnages (Johnny Utah et Bodhi)… Sur le papier, "Point Break 3D" est un remake fidèle du film qui avait révélé Kathryn Bigelow en 1991. Sauf que le résultat est consternant. Non que le film de Bigelow était un chef-d’œuvre. Mais, porté par la mise en scène nerveuse de la cinéaste et par le charisme de ses acteurs (Patrick Swayze et Keanu Reeves), "Point Break" reste une référence du film d’action des années 90.

Confiée au directeur photo Ericson Core (notamment sur le premier "Fast and Furious"), la réalisation de ce remake se borne à reproduire au grand écran l’esthétique "Red Bull" des sports extrêmes, dont se régalent les kids sur YouTube. Cette contamination touche aussi la construction dramatique. Si le scénario reprend bien la trame initiale (une bande de passionnés de sports extrêmes réalise des braquages très audacieux), il ne s’agit ici que d’un prétexte pour juxtaposer diverses disciplines : surf, parachute mais aussi motocross, base jump, snowboard, escalade sans filin… Autant de moments de bravoure destinés à en mettre plein les mirettes mais totalement rasoir, car les effets numériques viennent troubler l’effet de réel qui fait justement tout le sel de ces sports extrêmes…

Mais le pire, c’est de voir comment, 25 ans après l’original, le sport extrême n’est plus synonyme de liberté et de contre-culture mais a été rattrapé par l’idéologie consumériste. Car si les braqueurs agissent pour une cause juste (la défense de la Terre), leurs motivations sont un gloubi boulga idéologique, où se mêlent goût du danger et de la mort, spiritualité de comptoir, rêve d’un hypothétique Nirvana, rejet de la société et individualisme forcené. Ainsi Bodhi (Edgar Ramírez) lance-t-il à Utah (Luke Bracey, un corps impressionnant mais zéro charisme), qui a mis sept ans à se remettre de la mort, par sa faute, de son meilleur ami : "Tu vends des boissons énergisantes, très bien, je te juge pas. Par contre, tu t’es laissé voler ta vie par quelqu’un d’autre. Et ça, c’est condamnable !" Avec comme leitmotiv indigeste, jusque dans l’esthétique du générique final : "Suis ta propre voie !"

Enfin, preuve que la société a bien changé - attention spoiler -, le jeune agent du FBI reçoit fièrement son badge à la fin du film, là où Keanu Reeves jetait le sien à la mer…


"Point Break 3D" : Un remake sans limite
©DR

 Réalisation & photographie : Ericson Core. Scénario : Kurt Wimmer (d’après l’histoire de Peter Iliff & Rick King). Musique : Junkie XL. Avec Edgar Ramírez, Luke Bracey, Ray Winstone, Teresa Palmer… 1 h 54.