"Mirage d'amour" : Pour le spectateur, c’est "cent minutes de solitude"

L’expérience étrange d’un film long mirage qui garde ses distances. Marie Gillain veut faire croire qu’elle est amoureuse d’un trompettiste; son papa, le coiffeur, complote avec des potes, mais ça ne prend pas.

Fernand Denis

L’expérience étrange d’un film long mirage qui garde ses distances.

Mirage. Le mot a toute son importance. On entend parler de ce film depuis tellement d’années qu’on pouvait parfois douter de son existence réelle. Il y a bien sept-huit ans, Bernard Giraudeau avait le projet de tourner "Mirage d’amour avec fanfare". On s’en souvient à cause de la "fanfare", le film était produit par Hubert Toint, auteur d’un court métrage mémorable "Trombone en coulisses".

Il y a trois-quatre ans, Marie Gillain affirmait l’avoir tourné. Giraudeau étant décédé, le producteur Hubert Toint était passé derrière la caméra. De temps en temps, la rumeur annonçait sa sortie et puis plus rien. Le voila enfin sur les écrans, ce film belge tourné dans le désert d’Atacama : "Mirage d’amour". La fanfare s’était-elle barrée, entre-temps ?

Mirage. Ce premier plan, cette image d’une ville lointaine avec deux hauts fourneaux au milieu d’un décor de montagnes pelées, est-ce une prise de vue réelle ou une maquette ? Qu’est-ce qu’on est en train de voir exactement ? La question n’est pas forcément négative. Il arrive de voir des ovnis. Des films qui ne ressemblent à rien de connu. "Le temps des gitans" de Kusturica par exemple avec sa mariée volante, son fleuve de bougies, ses tronches incroyables, les cuivres ensorcelés de Bregovic…

Revenons au Chili. On est bien au cinéma, on voit les décors, les costumes, les figurants, les effets spéciaux ferroviaires et même la fausse moustache de Jean-François Stévenin. Ce qui surprend, c’est l’absence de tension, ni dramatique, ni sentimentale, ni esthétique. Les scènes s’écoulent sans enjeu. Marie Gillain veut faire croire qu’elle est amoureuse d’un trompettiste; son papa, le coiffeur, complote avec des potes, mais ça ne prend pas.

Pour le spectateur, c’est "cent minutes de solitude", l’expérience étrange d’un film mirage. On l’aperçoit de loin mais on ne parvient pas à s’en approcher, à s’intéresser au petit cœur d’Hirondelle, aux idées de son père révolutionnaire de salon (de coiffure), aux sons des fanfareux fanfarons.


"Mirage d'amour" : Pour le spectateur, c’est "cent minutes de solitude"
©DR

 Réalisation : Hubert Toint. Avec Marie Gillain, Jean-François Stévenin, Eduardo Paxeco… 1h37