"Le Grand Jeu" : L’exercice caché du pouvoir

Un thriller politique aux résonances actuelles. A moitié convaincant, malgré le brio d’André Dussollier.

Alain Lorfèvre

Un thriller politique aux résonances actuelles. A moitié convaincant, malgré le brio d’André Dussollier.Ecrivain raté, divorcé et solitaire, Pierre Blum (Melvil Poupaud) rencontre lors d’une soirée un énigmatique mais volubile consultant, Joseph Paskin (André Dussollier). Quelque temps plus tard, Paskin contacte Blum et lui propose un singulier marché : écrire sous anonymat un appel à l’insurrection.

Acculé financièrement, Pierre accepte, quoique mal à l’aise - Paskin ne lui cache pas que l’ouvrage est destiné à faire tomber un ministre de droite - via l’arrestation programmée d’un groupe d’altermondialistes. Pierre comprend alors que Paskin connaît tout de son passé gauchiste et de ses anciennes amitiés. Mais le plan de Paskin ne se déroule pas comme prévu…

Premier film de Nicolas Pariser, "Le Grand Jeu" démarre comme un thriller politique prometteur, fiction qui évoque rapidement le souvenir de l’étrange entôlage des "dix de Tarnac" - affaire politico-judiciaire de la Sarkozie survenue en 2008 et qui n’a pas encore révélé toute sa vérité.

On pense à une version française et modeste des "Trois jours du Condor" d’Alan J. Pakula. Tel Eric Rochant dans "Les Patriotes", Pariser tente le thriller politique à la française - façon "L’Exercice du pouvoir" de Pierre Schoeller.

André Dussollier impose dans la première partie du film une figure de barbouze policée, d’abord débonnaire, ensuite menaçante, puis prise à ses propres intrigues.

On sait que la France politique a connu son lot d’officines et de machination politique. L’actualité judiciaire le rappelle encore régulièrement. Cet ancrage-là tient la route et est crédible, potentiellement passionnant, avec un Melvil Poupaud parfait en quadra désabusé d’une France qui a sacrifié ses idéaux sur l’autel de l’individualisme et de l’arrivisme.

Hélas, le réalisateur se compromet lui aussi par rapport à ses intentions de départ. La deuxième partie du "Grand Jeu" s’égare dans une romance aussi improbable que maladroitement écrite et mise en scène entre l’écrivain et une jeune altermondialiste (Clémence Poésy). A ce moment, la tension et l’attention se perdent, d’autant plus que les atermoiements et l’aveuglement de Pierre deviennent d’une naïveté confondante. La fin de partie du "Grand Jeu" n’a alors plus guère d’enjeu.

"Le Grand Jeu" : L’exercice caché du pouvoir
©DR

Réalisation : Nicolas Pariser. Avec Melvil Poupaud, André Dussollier, Clémence Poésy… 1 h 39