"L'avenir" : Le douloureux retour à la liberté

Mia Hansen-Løve livre un film volontairement intello, sur la place de la philosophie dans nos vies…

Hubert Heyrendt

Mia Hansen-Løve livre un film volontairement intello, sur la place de la philosophie dans nos vies…

Prof dans un grand lycée parisien et directrice d’une collection d’ouvrages philosophiques pédagogiques, Nathalie (Isabelle Huppert) est une femme élégante et active. Alors qu’elle chemine tranquillement vers la retraite, elle se retrouve à la croisée des chemins, avec une vie à réinventer. Du jour au lendemain ou presque, la voilà en effet seule… Les enfants ont quitté la maison, son mari (André Marcon) décide de s’envoler avec une autre, tandis qu’elle est obligée de placer sa mère (Edith Scob) en maison de retraite. Que faire de cette liberté qui s’offre à elle ? Voilà une belle question philosophique, que Mia Hansen-Løve décline habilement en termes cinématographiques.

Jeune cinéaste française très prometteuse, Hansen-Løve rend ici un bel hommage à ses parents, tous deux philosophes. Assumant sans complexe une posture parisienne, elle pose la question de la place de la philosophie dans nos vies. Parsemé de nombreuses références (d’Adorno à Schopenhauer en passant par Pascal ou Foucault), "L’Avenir" est parfois un peu intimidant pour le spectateur lambda, se fait un peu trop ambitieux. On reste cependant admiratif face à la volonté d’une jeune femme de 35 ans de perpétuer ainsi une tradition très française. La compagne d’Olivier Assayas assume en effet sans complexe la filiation avec la Nouvelle Vague et avec un certain cinéma intello. S’abstrayant volontairement de la modernité, elle se positionne résolument à contre-courant de la société contemporaine, en mettant en scène des personnages pour qui un livre écorné de Kierkegaard a plus de prix qu’un téléviseur ou un téléphone portable…

Sans retrouver la fluidité et l’ampleur qui illuminaient son précédent "Eden", la jeune cinéaste livre un très beau portrait de femme. Celui d’une intellectuelle qui, à 60 ans, se voit forcée de remettre son existence à plat et de réfléchir à son avenir. Dans ce rôle complexe, Isabelle Huppert est à nouveau magistrale, apportant un mélange de froideur et de fragilité mais aussi une forme de mélancolie douce.

A la manière d’un Assayas dans "Après mai", Mia Hansen-Løve traite également avec beaucoup de justesse et sans aucun simplisme la question compliquée de l’engagement politique. Notamment à travers ces jeunes lycéens en grève ou le personnage de cet ancien étudiant de l’héroïne (Roman Kolinka), parti faire pousser des chèvres à la campagne plutôt que d’affronter le monde moderne. Mais de la prof de philo sexagénaire à la vie bourgeoise et du baba cool post-Mai 68, il n’est pas facile de savoir qui est le plus jeune et qui réussit le mieux à mettre en accord sa pensée et ses actes…


"L'avenir" : Le douloureux retour à la liberté
©DR

 Scénario & réalisation : Mia Hansen-Løve. Photographie : Denis Lenoir. Musique : Raphael Hamburger. Montage : Marion Monnier. Avec Isabelle Huppert, Edith Scob, Roman Kolinka, André Marcon, Sarah Le Picard… 1 h 40.