"Good Luck Algeria" : Une comédie de fond

Quand une piste de ski de fond conduit jusqu’en Algérie et interroge avec humour la bi-nationalité.

Fernand Denis

Quand une piste de ski de fond conduit jusqu’en Algérie et interroge avec humour la bi-nationalité.

Pour les skis Duval, c’est la fin du tunnel, comme on ne dit plus à Bruxelles. Cette marque de skis artisanaux a signé un contrat avec un champion du monde suédois en perspective des Jeux olympiques d’hiver. Une exposition médiatique indispensable qui va enfin permettre d’écouler le nombre de paires suffisant afin que cette petite entreprise ne connaisse plus la crise.

Seulement la fédé suédoise a signé un contrat d’exclusivité avec un équipementier multinational, et voilà le plan marketing à la poubelle. C’est le tunnel qui leur tombe sur la tête. Pour l’ancien champion Duval et son associé (son meilleur pote Sam - comme Samir -), ce sont cinq années d’efforts réduits en faillite, si on ne trouve pas une solution pour être aux JO.

Quand une idée surgit dans la tête de Duval : envoyer Sam aux JO sous la bannière algérienne, où les candidats ne se bousculent pas. Mais Sam n’a plus mis le pied au bled depuis 25 ans. Mais il ne parle même pas l’arabe. Mais il a largement passé l’âge de faire l’athlète. A l’évidence, ce n’est pas une bonne idée, mais c’est la seule.

Au départ, "Good Luck Algeria" possède un petit parfum de "Rasta Rockett", l’histoire de cette équipe jamaïcaine de bobsleigh qui participa aux JO de Calgary en 88, voire de "Eddie the Eagle", cet Anglais qui a, lui aussi, forcé les portes des JO en saut à ski.

De fait, le démarrage est franchement comique avec un Sam forcé, à plus de 40 ans, de retrouver une forme de minimum olympique. Toutefois la piste de ski de fond va prendre des détours inattendus et le conduire jusqu’en Algérie.

Cette piste, rouge et verte donc, va se révéler aussi rude physiquement que mentalement. C’est qu’elle mène à des questions de fond concernant ses racines, sa bi-nationalité, son intégration. Celles-ci surgissent sans prévenir, de façon parfois tendue, voire violente.

S’intégrer, est-ce renoncer à ses racines ? Que doit-il faire de son héritage algérien ? Question à la fois concrète et symbolique. Sam se bat pour sauver son entreprise de skis 100 % français et voit son père - immigré en France pour creuser le tunnel du mont Blanc - exulter de joie à l’idée de voir son fils porter le drapeau algérien dans l’arène olympique.

Cette histoire farfelue n’en est pas moins authentique et même personnelle pour le réalisateur Farid Bentoumi qui conte ici l’aventure de son propre frère. Il lui donne la forme d’un feel good movie gorgé d’humour, d’émotion avec une dimension sociale au parfum briton et le panache du formidable acteur grenoblois : Sami Bouajila.

Savoureux, "Good Luck Algeria" se révèle progressivement de plus en plus dense, exposant avec le sourire et une réelle profondeur des questions viscérales qui vrillent la population immigrée. Aux côtés de Sami Bouajila, Franck Gastambide prouve qu’il vaut mieux que "Pattaya".


"Good Luck Algeria" : Une comédie de fond
©DR

 Réalisation : Farid Bentoumi. Scénario : Farid Bentoumi, Noé Debré, Gaëlle Macé. Avec Sami Bouajila, Franck Gastambide, Chiara Mastroianni, Hélène Vincent… 1h 30