"Le coeur régulier" : Je vais loin, ne t’en fais pas

Quand les traces de son frère décédé conduisent une femme jusqu’au Japon. Avec une lumineuse Isabelle Carré

Fernand Denis

Quand les traces de son frère décédé conduisent une femme jusqu’au Japon. Avec une lumineuse Isabelle Carré"Tu es coincée dans ta petite vie parfaite", lui lance son frère.

Eh oui, Alice dispose de tout ce que le bonheur occidental propose : un mari, deux enfants, trois fours, quatre façades. Et c’est son frangin - pas un euro en poche -, qui respire la joie de vivre au retour de son séjour nippon. Il a le triomphe assez arrogant; pourtant, lui aussi, a connu des passes sombres comme en témoignent ses poignets. Et c’est ce moment que choisit le destin pour le faucher.

Comme Yolande Moreau partait en "Voyage en Chine" pour rapatrier le corps de son fils, Isabelle Carré entame un pèlerinage au Japon sur les traces de son frère décédé. Le chemin la conduit jusqu’à d’imposantes falaises appréciées des suicidés. Si on en croit ce film de Vanja d’Alcantara et celui de Gus Van Sant, "The Sea of Trees"; le Japon serait désormais "the place to die". Dans les bois, Matthew McConaughey croisait un fantôme bienveillant. Au bord de l’océan, c’est un ex-policier qui traque les désespérés et les ramène chez lui, pour les écouter, leur donner le temps de réfléchir. Trouvera-t-il les mots pour elle aussi ? Aura-t-il la même influence ?

Le suspense est ainsi mince que le film. Après une exposition tout en clichés - pluie comprise lorsque l’héroïne retourne à l’endroit qu’elle affectionnait tant avec son frère : le film se déroule exactement comme prévu. Heureusement, il y a le talent d’Isabelle Carré, tout en intériorité cette fois, et dont le visage traduit avec précision, la métamorphose intime, la renaissance intérieure. Elle trouve en Jun Kunimura, l’interprète de cet étrange policier, un partenaire doté d’une vraie présence minérale. Malheureusement toutefois, le reste du casting n’est pas au même niveau.

Après son formidable "Beyond the steppes", ce deuxième film de Vanja D’Alcantara ne confirme pas dans cette adaptation du roman homonyme d’Olivier Adam (Je vais bien, ne t’en fais pas). Si on est à nouveau séduit par sa capacité à filmer les visages comme des paysages; on est déçu par la banalité des scènes d’exposition, son incapacité à dépasser l’écume du sujet, son exotisme aussi. Sans doute, en attendait-on trop à la suite d’un premier film hors normes.

"Le coeur régulier" : Je vais loin, ne t’en fais pas
©DR

Réalisation : Vanja D’Alcantara. Scénario : Vanja D’Alcantara avec Gilles Taurand et Emmanuelle Beaugrand-Champagne d’après l’œuvre d’Olivier Adam. Avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Fabrizio Rongione, Niels Schneider… 1h 35