"Men & Chicken" : Bienvenue chez les dégénérés

Le retour, 10 ans après “Adam’s Apples”, du Danois Anders-Thomas Jensen.

H. H.

Le retour, 10 ans après “Adam’s Apples”, du Danois Anders-Thomas Jensen.

Depuis le milieu des années 1990, Anders-Thomas Jensen est l’un des scénaristes danois les plus prolifiques. Il a bossé avec Søren Kragh-Jacobsen durant la période Dogma (“Mifune”), mais aussi avec Susanne Bier (“Brothers”, “After the Wedding” et le récent “A Second Chance”) ou Lars Von Trier (“Antichrist”). A l’aise dans des styles très différents quand il écrit pour les autres, Jensen mène en parallèle une carrière de réalisateur, débutée avec le court métrage “Election Night”, qui avait décroché l’Oscar en 1999. Suivirent trois comédies fantastiques totalement barges  : “Flickering Lights”, “Les Bouchers verts” et “Adam’s Apples” (Corbeau d’or au Bifff en 2005). Depuis, plus rien… Les fans d’Anders-Thomas Jensen sont donc ravis de découvrir sa nouvelle comédie déviante.

Celle-ci met en scène deux frères, Elias, l’intellectuel, et Gabriel, l’obsédé sexuel. A la mort de celui qu’ils pensaient être leur père, ils découvrent que leur géniteur est en fait un certain Evelio Thanatos, généticien exclu de l’Académie des sciences pour ses travaux controversés. Ni une ni deux, ils se rendent sur l’île où crèche le paternel. Mais ils ne tombent que sur trois demi-frères, avec qui ils partagent le même bec-de-lièvre et un physique, disons, pas facile. Totalement dégénérés, Gregor, Franz et Josef vivent dans un ancien sanatorium délabré, au milieu des animaux et règlent leurs différends à coups de casseroles ou de renard empaillé !

Bienvenue dans la famille danoise vue par l’esprit dérangé de Jensen  ! Dix ans se sont écoulés depuis “Adam’s Apples” mais le bonhomme n’a pas changé de style. On retrouve ici le même mauvais goût revendiqué et un sens appuyé de la provocation. Pétri de références bibliques, le film questionne ce qui fait de nous des êtres humains, quelles que soient nos différences (et Dieu sait qu’ici, elles sont énormes…).

Si l’humour potache parvient à nous décrocher quelques sourires (notamment grâce aux acteurs fétiches du réalisateur, dont Mads Mikkelsen dans un grand numéro d’enlaidissement), “Men and Chicken” s’enlise assez rapidement dans une trame répétitive et une exploration assez puérile des rapports entre la science, la religion et la condition humaine. Tout n’est que prétexte à faire rire, sans vraiment réfléchir. Et quand on s’y essaye, comme dans le final totalement amoral, on n’est pas vraiment sûr d’avoir envie de comprendre ce que veut dire Anders-Thomas Jensen, à la limite des thèses pro-life…


"Men & Chicken" : Bienvenue chez les dégénérés
©DR

 Scénario & réalisation : Anders-Thomas Jensen. Photographie : Sebastian Blenkov. Musique : Frans Bak & Jeppe Kaas. Montage : Anders Villadsen. Avec David Dencik, Mads Mikkelsen, Nikolaj Lie Kaas, Søren Malling, Nicolas Bro… 1h44

Imagine sort en ce mois d’avril un coffret DVD réunissant “Adam’s Apples” et “Les Bouchers verts” (9,99 €).

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