"Trumbo" : Le Juste d’Hollywood

Une biographie politique du scénariste sur liste noire Dalton Trumbo.

Hubert Heyrendt

Une biographie politique du scénariste sur liste noire Dalton Trumbo.

Alors qu’il vient de signer avec la MGM un contrat qui fait de lui le scénariste le mieux payé de l’histoire, Dalton Trumbo subit de plein fouet la chasse aux sorcières. Communiste revendiqué, il fait en effet partie, avec le scénariste Lester Cole ou le réalisateur Edward Dmytryk, des "10 d’Hollywood", qui furent convoqués dès 1947 par la Commission sur les activités antiaméricaines. Refusant obstinément, au nom du Premier amendement, de répondre à la célèbre question "Etes-vous ou avez-vous été membre du parti communiste ?", il sera condamné pour outrage à un an de prison. Mais surtout à une interdiction d’exercer son métier. Sous la pression médiatique (à travers la voix de l’échotière et ancienne actrice Hedda Hopper et celle de John Wayne, à la tête de la Motion Picture Alliance for the Preservation of American Ideals), les studios dressèrent en effet une funeste liste noire reprenant le nom de dizaines d’artistes, de comédiens, de techniciens…

Période honteuse d’Hollywood, le maccarthysme n’a pas été très souvent porté au grand écran - on se souvient de "Nos plus belles années" de Sydney Pollack ou, plus récemment de "Good Night and Good Luck" de George Clooney.

Conçu comme un biopic centré sur l’engagement politique de Dalton Trumbo, le film de Jay Roach aborde le sujet de façon frontale en rendant un magnifique hommage à Trumbo. Un Juste qui n’a jamais renoncé à ses idées et qui a toujours refusé, contrairement à tant d’autres, à donner les noms de ses camarades…

Si l’on se souvenait que Trumbo avait été le plus emblématique des "10 d’Hollywood", le film nous apprend énormément de choses. Comme le fait que Trumbo a reçu deux oscars pour des scénarios écrits sous un faux nom : "Vacances romaines" et "The Brave One".

Après une série de comédies bas de plafond (des "Austin Powers" à la série des "Mon beau-père et moi"), Jay Roach fait ici un virage à 180 degrés. Mêlant habilement images d’archives et fiction, quand il ne s’agit pas de retourner quelques scènes célèbres de "Spartacus" ou d’intégrer des acteurs dans les images télévisées des interrogatoires de la Commission sur les activités antiaméricaines, le réalisateur n’essaye pas de faire du style, juste de raconter, le plus efficacement possible, cette page sombre de l’histoire hollywoodienne. Par une reconstitution historique soignée mais aussi en convoquant tout le gratin de l’époque, de Louis B. Mayer à Edward G. Robinson (que l’on découvre en traître démocrate), en passant par Kirk Douglas et Otto Preminger. Qui, les premiers, ont osé faire retravailler Trumbo sous son vrai nom, dans "Spartacus" et "Exodus".

Campé à l’écran par un génial Bryan Cranston (tout juste sorti de la série "Breaking Bad"), Trumbo est un personnage romanesque à souhait, dont l’esprit affûté est parfaitement rendu à travers des dialogues brillants. Comme lorsque, s’adressant à la Commission qui lui demandait de répondre par oui ou par non à ses questions, Trumbo trancha : "Il y a beaucoup de questions auxquelles il ne peut être répondu par ‘oui’ou ‘non’que par un imbécile ou un esclave…"


"Trumbo" : Le Juste d’Hollywood
©DR

 Réalisation : Jay Roach. Scénario : John McNamara (d’après le livre de Bruce Cook). Photographie : Jim Denault. Musique : Theodore Shapiro. Montage : Alan Baumgarten. Avec Bryan Cranston, Michael Stuhlbarg, Diane Lane, Helen Mirren, Louis C.K., Elle Fanning… 2 h 04.