"Je me tue à te le dire" : En attendant la mort

Découvert avec des courts métrages singuliers, Seron signe un premier long inégal.

H. H.

Découvert avec des courts métrages singuliers, Seron signe un premier long inégal.

Michel Peneud. Avec un nom comme ça, la vie prend forcément une tournure surréaliste. Vite rebaptisé Peneud Michelin, l’enfant a grandi dans les jupes de sa mère. Trentenaire bien tassé, il est toujours aux petits soins pour celle-ci. Alors, quand on diagnostique un cancer du sein à sa mère, mystérieusement disparu entre-temps, Michel commence à réfléchir à la mort. "En me donnant naissance, ma mère m’a donné la mort" , pense-t-il tout bas en voix off. Voilà donc cet adolescent attardé transformé en hypocondriaque patenté. D’ailleurs, c’est quoi cette grosseur au niveau du sein droit ? 5-4-3-2-1-0 : le compte à rebours mortel peut débuter.

Après quelques courts métrages remarqués (dont un savoureux "Ours noir"), le Belge Xavier Seron passe à un premier long mais conserve le goût de la bizarrerie. Construit autour d’un personnage convaincu que sa fin est proche, attendant une mort qui ne vient pas, "Je me tue à le dire" est une farce dépressive portée par une douce étrangeté.

Images noir et blanc, dialogues souvent drôles, parfois concons, personnages décalés… Le film refuse toute forme de naturalisme pour proposer une introspection très personnelle au cœur du complexe d’Œdipe. Tandis que les acteurs (Jean-Jacques Rausin, complice habituel de Seron, mais aussi Myriam Boyer et Serge Riaboukine) sont justes dans ce registre singulier.

Malheureusement, la mise en scène se complaît dans la fantasmagorie, tandis que l’imagerie christique du personnage est par trop appuyée (jusque dans un dernier tableau vraiment too much). En long métrage, cet univers manque un peu d’ampleur et d’ambition dramaturgique pour réellement nous embarquer… Se contentant d’accoler une série de tableaux trop stylisés, même s’il nous fait sourire, Xavier Seron n’a au final pas grand-chose à nous dire sur la dépression, la maladie ou la mort…


"Je me tue à te le dire" : En attendant la mort
©DR

 Scénario & réalisation : Xavier Seron. Photographie : Olivier Vanaschen. Montage : Julie Naas. Avec Jean-Jacques Rausin, Myriam Boyer, Serge Riaboukine, Fanny Touron… 1h30