"Les Malheurs de Sophie" : Les bonheurs d’Honoré et Beaupain

Une petite adaptation modèle et musicale de la comtesse de Ségur.

Fernand Denis

Une petite adaptation modèle et musicale de la comtesse de Ségur.

On peut rester dubitatif en cherchant le rapport entre Christophe Honoré et la comtesse de Ségur. C’est oublier que l’auteur de "17 fois Cécile Cassard" s’est aussi illustré dans la littérature jeunesse, encouragé par Geneviève Brisac récemment évincée par son éditeur de l’Ecole des loisirs.

Quel regard ce nostalgique de la nouvelle vague porte-t-il sur ce classique qui prend la poussière depuis quelques générations ? Eh bien, c’est plutôt une oreille qu’il tend aux aventures de cette surdouée de la bêtise. Car Sophie n’est jamais à court d’un mauvais plan, comme jouer à la dînette et servir un thé "gamelle du chien" à ses petites amies. Cent cinquante ans plus tard, c’est sûr, elle était bonne pour la Rilatine. Quand on sait ce que le destin lui réserve, on est enclin à tout lui pardonner.

En effet, Honoré enchaîne "Les Malheurs de Sophie" avec "Les Petites Filles modèles" au moyen d’une transition lumineuse, qui voit Sophie passer du bonheur au malheur, d’enfant gâtée à orpheline battue, de l’été à l’hiver.

Christophe Honoré charge donc son indéfectible complice Alex Beaupain de donner à ces ouvrages du XIXe siècle une dimension cinématographique et moderne. C’est tout à la fois une question de chansons qui cassent le ton, de thèmes qui collent à l’image et en exhaussent la saveur, d’instruments électrifiés et de rythmes qui ont la couleur sonore d’aujourd’hui. Plutôt inspiré, Beaupain livre un emballage contemporain à un roman qui garde ses attributs classiques : châteaux, costumes, diligences et même interprétation.

Muriel Robin incarne la méchante Mme Fichini avec délectation, Mme de Fleurville donne l’occasion à Anaïs Demoustier de jouer la bonté avec du tempérament. De la cuisinière au jardinier : chacun joue son rôle à la perfection pour ne pas faire d’ombre aux enfants qui tiennent les premiers rôles en minaudant. Des adultes qui minaudent, c’est insupportable mais les enfants, c’est charmant.

La petite Caroline Grant est d’autant plus irrésistible que sa mère, interprétée par Golshifteh Farahani, injecte un charme oriental, une mélancolie poétique à un film qui devrait plaire aux enfants et même séduire les allergiques au travail de Christophe Honoré.


"Les Malheurs de Sophie" : Les bonheurs d’Honoré et Beaupain
©DR

 Réalisation : Christophe Honoré. Scénario : Christophe Honoré, Gilles Taurand d’après la comtesse de Ségur. Musique : Alex Beaupain. Avec Golshifteh Farahani, Anaïs Demoustier, Muriel Robin… 1h47

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