"Our Kind of Traitor" : Espions malgré eux

Un thriller d’espionnage efficace, à défaut d’être crédible, d’après le Carré.

Hubert Heyrendt

Un thriller d’espionnage efficace, à défaut d’être crédible, d’après le Carré.

Ne jamais accepter l’invitation à boire un verre d’un milliardaire russe ! C’est la leçon que va tirer Perry (Ewan McGregor) de ses vacances à Marrakech. Planté par sa jolie femme Gail (Naomie Harris), ce professeur d’université britannique cède aux sollicitations de Dima (Stellan Skarsgård), un oligarque excentrique. Avec du Château Pétrus à 16 000 € la bouteille, il faut dire que la chair est faible… Après une nuit très arrosée, Dima demande à revoir Perry et sa femme. Sans l’avoir voulu, voilà ce couple sans histoire mêlé à une sombre histoire de vengeance au sein de la Vory, la mafia russe… De retour à Londres, Perry est intercepté par le MI6, à qui il remet une clé USB contenant une liste de personnalités britanniques corrompues (hommes d’affaires, politiciens…) ayant apporté leur soutien à la création, au cœur de la City, d’une banque russe chargée de blanchir des milliards de dollars d’argent sale…

Après avoir beaucoup travaillé pour la télévision (notamment sur les séries HBO "Generation Kill" et "Parade’s End"), Susanna White signe, à 57 ans, son second long métrage seulement, après le féerique "Nanny McPhee et le Big Band" en 2010… On la retrouvera l’année prochaine avec tout autre chose encore : "Woman Walks Ahead", où Jessica Chastain incarne une femme qui, au XIXe siècle, a choisi de s’installer dans le Dakota pour aider le chef indien Sitting-Bull à conserver ses terres.

Polyvalente, la réalisatrice britannique se montre très à l’aise à la barre de ce thriller d’espionnage ultra-classique. Malgré sa construction convenue, qui passe par toutes les étapes attendues, "Our Kind of Traitor" se révèle très efficace. Une efficacité qui tranche avec le manque de crédibilité du scénario, pourtant signé par l’Iranien Hossein Amini ("Drive" de Refn, "The Two Faces of January"…) et adapté du roman homonyme du maître du genre : John le Carré (également producteur).

Difficile en effet de croire que les services secrets britanniques soient prêts à enrôler, dans une mission tellement secrète qu’elle n’a aucune existence officielle, un couple de civils. Tandis qu’on ne comprend jamais vraiment ce qui pousse ce prof de poésie et cette brillante avocate à mettre leur vie en danger pour venir en aide à un mafieux russe qu’ils connaissent à peine…

A moins qu’ils ne soient tombés sous le charme de Stellan Skarsgård. L’acteur suédois s’en donne en effet à cœur joie pour camper ce Russe exubérant qui tente tant bien que mal de sauver la face pour protéger sa famille alors qu’il est en train de trahir la Vory. Plus généralement, le casting est de haut vol : Ewan McGregor, avec la distance ironique nécessaire, la sublime Naomie Harris (tout droit sortie de son rôle de Moneypenny dans les derniers James Bond) mais aussi l’excellent Damian Lewis. Découvert grâce à la série "Homeland", l’acteur anglais possède le flegme nécessaire pour camper un agent du MI6 plus vrai que nature…


"Our Kind of Traitor" : Espions malgré eux
©IPM

 Réalisation : Susanna White. Scénario : Hossein Amini (d’après le roman de John le Carré). Photographie : Anthony Dod Mantle. Musique : Marcelo Zarvos. Avec Ewan McGregor, Damian Lewis, Stellan Skarsgård, Naomie Harris… 1 h 47.