La vraie Palme d’or à Flagey ce soir : "Toni Erdmann"

Le film de Maren Ade projeté ce soir à 19h et demain à 17h au Brussels Film Festival.

La vraie Palme d’or à Flagey ce soir : "Toni Erdmann"
Fernand Denis

Projeté tout au début du dernier festival de Cannes, "Toni Erdmann" a enflammé la Croisette comme aucun autre film de la sélection 2016. Pour la plupart des festivaliers, il était le favori pour la Palme d’or. Mais au final, le long métrage de la réalisatrice allemande Maren Ade ne figure même pas au palmarès, la marque d’un jury d’incompétents présidé par M. Mad Max. Il n’en reste pas moins que lorsqu’il s’agira de se souvenir d’un film de Cannes 2016, ce sera "Toni Erdmann".

Mais qui est "Toni Erdmann" ? En fait, il n’existe pas. C’est une invention, un personnage imaginé par un père pour s’approcher de sa fille. Ce père, c’est un professeur de musique à la retraite qui ne voit jamais son enfant car elle est cadre supérieur d’une boîte de consultance allemande en charge de la restructuration du secteur pétrolier en Roumanie.

Un jour, il débarque à son bureau de Bucarest. Elle le case comme elle peut dans son emploi du temps et elle est tout heureuse de le voir repartir, deux jours plus tard. Lorsqu’au bar d’un restaurant branché, elle raconte à ses amies son week-end de galère avec son père; celui-ci surgit coiffé d’une perruque, de fausses dents, et se présente à elles : Toni Erdmann, homme d’affaires. Il impose alors sa présence parmi les relations d’affaires de sa fille tout en gardant un comportement facétieux.

C’est parti pour une comédie de près de trois heures, totalement imprévisible, mais très éclairante sur le monde de la consultance et la relation filiale.

Après des projections toutes triomphales, Maren Ade est devenue du jour au lendemain la personne la plus sollicitée du festival. Lorsque nous l’avons rencontrée, sa voix était cassée ou plutôt usée par le marathon d’interviews. C’est avec le sac rempli de sirops et de comprimés divers qu’elle affrontait l’enthousiasme unanime pour son film.

"C’est excitant, presque effrayant, avoue-t-elle, en expulsant une pastille à sucer de sa plaquette. C’est tout nouveau pour moi. J’ai terminé le film lundi et il a été projeté à Cannes, vendredi. J’ai un peu le sentiment d’avoir été poussée hors de l’avion."

Une comédie hors norme

Le film met en scène un père assez dingue, dira-t-on. Il en existe pas mal dans le monde, son propre père fait-il partie de la catégorie ? "Il pouvait être un peu dingue parfois. Il fut certainement une source d’inspiration pour le film. Il a un grand sens de l’humour. Il a aussi beaucoup de talent pour organiser des blagues. Je lui ai réellement offert des fausses dents comme cadeau. Il les a tellement utilisées que j’ai dû lui en racheter. Je lui ai emprunté pas mal de choses mais il n’a jamais fait quelque chose comme ‘Toni’. Je n’ai pas eu honte de lui. Même si, quand j’étais adolescente, je n’aimais pas trop quand il arrêtait des gens en rue pour leur demander, par exemple, le chemin pour un endroit complètement farfelu."

Pourrait-on qualifier son humour d’allemand ? "Je ne sais ce que cela veut dire, réplique-t-elle. Existe-t-il un humour français, espagnol, britannique ? Pour moi, l’humour vient d’un désespoir, d’une douleur. La relation de cet homme avec sa fille est dans un cul-de-sac, il a trouvé cette idée pour la relancer. Pour moi, il ne s’agissait pas de tourner une comédie en tant que film de genre. D’ailleurs, pendant le tournage, j’avais le sentiment de réaliser un film assez triste, en tout cas un film très sérieux avec quelques moments drôles. Sincèrement, ce fut une énorme surprise de voir comment ces moments furent vécus par les spectateurs au point de qualifier ce film de comédie."

Une comédie hors norme, à commencer par sa longueur : 2h45. Les spectateurs du Brussels Film Festival à Flagey pourront la découvrir en primeur, ce soir à 19h et demain à 17h. Les autres devront attendre la sortie officielle le 17 août.Fernand Denis

Mercredi à 19h, jeudi à 17h à Flagey. www.brusselsfilmfestival.be

Sur le même sujet