"Truman" : Qui va s’occuper du chien ?

Un drame bouleversant sur un homme qui dit au revoir à ceux qu’il aime.

Hubert Heyrendt

Un drame bouleversant sur un homme qui dit au revoir à ceux qu’il aime.

Quand Tomás débarque à l’improviste chez Julián à Madrid, l’émotion est palpable. Très proches, les deux amis ne se sont pas vus depuis longtemps. Et pour cause, Tomás vit depuis des années de l’autre côté de l’Atlantique, à Montréal. Comme on le comprend très vite, il ne s’agit pas seulement d’une visite de courtoisie. Tomás est venu faire ses adieux à Julián, qui se meurt d’un cancer du poumon et qui a décidé de renoncer à une dernière tentative de chimio de toute façon inutile…

Sur papier, c’est du lourd ! Voilà un scénario qui peut vite verser dans le mélo indigeste. "Truman" (le nom du chien adoré de Julián…) de Cesc Gay est pourtant une petite merveille, récompensée par 5 Goyas: meilleurs film, scénario, réalisateur, acteur (Ricardo Darin) et second rôle (Javier Cámara).

Après "Les hommes ! De quoi parlent-ils ?" en 2012, le trio se reforme pour un drame bouleversant, dans lequel le réalisateur espagnol s’est notamment inspiré de son ressenti au moment de la mort de sa mère. Si "Truman" n’a rien d’autobiographique - le travail du deuil ante-mortem étant transposé sur deux amis -, ce vécu personnel permet au cinéaste de conserver toute leur dignité aux personnages.

Qu’il s’agisse de filmer un rendez-vous chez l’oncologue, une visite chez le vétérinaire ou une audition avec un couple candidat à l’adoption de Truman, de mettre en scène une soirée arrosée dans un bar, une virée à Amsterdam ou un dernier dîner entre amis avec la jolie cousine Julia (l’actrice argentine Dolores Fonzi)… Toutes les situations sonnent juste, laissent perler l’émotion sans l’imposer au spectateur (comme c’était par exemple le cas dans le récent "Miss You Already" avec Drew Barrymore et Toni Collette, sur le même sujet).

Cet équilibre parfait, "Truman" y parvient grâce à une grande retenue, mais aussi à une forme de légèreté, à travers ce personnage de comédien argentin cinquantenaire légèrement excentrique. Drôle mais jamais cynique, très charismatique, ce personnage doit beaucoup à l’interprétation du formidable Ricardo Darín. Déjà vu dans "Les nouveaux sauvages" ("Relatos salvajes") en 2014 ou aux côtés de Jérémie Renier dans "Elefante blanco" de Pablo Trapero en 2012, l’Argentin est tout simplement sensationnel ! Parfait dans chacun de ses gestes ou de ses regards, dans chacune de ses intonations, il irradie de vérité à l’écran. Celle d’un homme qui a accepté l’inéluctable et veut choisir lui-même le moment où le temps sera venu de débrancher la prise, plutôt que de subir une agonie médicalisée…

La grande force de "Truman" est de parvenir à dire toutes ces choses éminemment profondes sans grands discours, simplement en mettant en scène l’au revoir d’un homme à un ami…


"Truman" : Qui va s’occuper du chien ?
©IPM

 Réalisation : Cesc Gay. Scénario : Tomàs Aragay Cesc Gay. Photographie : Andreu Rebés. Musique : Nico Cota Toti Soler. Avec Ricardo Darín, Javier Cámara, Dolores Fonzi… 1h59.