"L'olivier" : L’arbre de la vie

Sur un scénario de Paul Laverty, sa femme Icíar Bollaín livre une jolie fable écolo sur l’engagement.

Hubert Heyrendt

Sur un scénario de Paul Laverty, sa femme Icíar Bollaín livre une jolie fable écolo sur l’engagement.

Dans son enfance, Alma allait jouer avec son grand-père autour d’un olivier ancestral, planté là, dans le sol valencien, par un paysan romain il y a plus de 2000 ans. Dans ses racines entrelacées, la petite fille voyait la tête d’un monstre. Quinze ans plus tard, Alma a 20 ans. Elle vit toujours dans la région, employée dans un poulailler industriel, gavant les poussins, nettoyant leurs déjections, ramassant les cadavres… L’arbre a été vendu. Inconsolable, son grand-père dépérit. Alors, Alma décide de partir à la rechercher de l’olivier, qui décore désormais le siège social d’un géant de l’énergie à Düsseldorf, pour le ramener sur ses terres. Dans son projet fou, elle reçoit l’aide de ses amies, de son oncle et de son prétendant…

Il faut 40 jours pour fabriquer du poulet en barquette, deux millénaires pour obtenir un majestueux olivier. C’est au cœur de cette double temporalité que s’inscrit "El olivo", écrit par le scénariste de Ken Loach, l’Ecossais Paul Laverty, et réalisé par sa femme, l’Espagnole Icíar Bollaín. C’est la seconde fois que le couple travaille ensemble après "Même la pluie" en 2010. Et comme alors - où il était question du peuple bolivien victime des méfaits d’une multinationale privatisant l’eau -, il s’agit de décrire ici la puissance de l’action, qui transforme les personnages.

Campée par la toute jeune Anna Castillo (découverte dans des sitcoms espagnoles), Alma n’est pas une militante politique. Si elle agit, c’est d’abord par amour, parce qu’elle refuse de voir son grand-père se laisser mourir de chagrin. Le récit est évidemment métaphorique. Avec ses racines plongeant profondément dans la terre, l’olivier est un symbole de vie, de résistance aux dérèglements enfantés par l’évolution de l’économie depuis des décennies.

En rapprochant la génération du grand-père (le passé) et celle de la petite-fille (le futur), Laverty et Bollaín font peser tout le poids de la responsabilité des échecs actuels sur la génération des parents. Même si tout n’est pas si noir et blanc, car eux aussi sont les victimes de la crise qui frappe l’Espagne depuis 8 ans.

Comme toujours chez Laverty, le symbolisme est parfois un peu appuyé, la fable politique un peu naïve. Pourtant, "El olivo" met du baume au cœur en montrant une jeunesse qui refuse de se croiser les bras, qui essaye de changer les choses. Le film dépeint aussi une forme de chaleur dans la lutte, quand chacun en vient à s’entraider. Très "loachien", cet optimisme revendiqué mais non béat se résume à une phrase, quand Alma replante un nouvel olivier : "Rendez-vous dans 2000 ans. J’espère que, d’ici là, on aura fait mieux…"


"L'olivier" : L’arbre de la vie
©IPM

 Réalisation : Icíar Bollaín. Scénario : Paul Laverty. Photographie : Sergi Gallardo. Musique : Pascal Gaigne. Avec Anna Castillo, Javier Gutiérrez, Pep Ambròs, Manuel Cucala… 1 h 40.