"Le Bon Gros Géant" : Quand Spielberg vaut que dalle

Le réalisateur américain adapte le héros de Roald Dahl avec une mièvrerie industrielle.

F.Ds

Il adapte le héros de Roald Dahl avec une mièvrerie industrielle

Dans une ville d’Angleterre rêvée vit une petite fille….insomniaque. Trois heures du matin est son heure préférée. L’heure des ombres. Elle est bien la seule à les voir car les autres orphelines sont alors profondément endormies. C’est une petite fille avec beaucoup d’imagination car elle tue le temps, un livre dans une main, une lampe de poche dans l’autre.

Une nuit, un bruit lui fait ouvrir les rideaux et surprendre l’ombre d’un géant. Trop tard, il l’a vue et l’emmène illico dans son pays. Il veut en faire son "homme de terre de compagnie". Mais rapidement, la petite Sophie se rend compte que son BGG (Bon gros géant) est plus sympa que ses congénères qui n’en feraient qu’une bouchée.

Autant Roald Dahl a trouvé en Quentin Blake, l’illustrateur idéal de ses œuvres; autant le réalisateur idéal se fait attendre en dépit de quelques réussites : "Matilda" de Danny DeVito et "Charlie et la Chocolaterie" de Tim Burton, parfois animées avec "James et la Pêche géante" de Henry Selick ou "Fantastic Mr. Fox" de Wes Anderson.

En comparaison, l’auteur de "E.T." se montre fort peu inspiré en proposant cette adaptation industrielle du conte de Roald Dahl avec ses reconstitutions académiques d’un Londres façon Dickens, d’une tanière façon Hobbit. La touche Spielberg est en fait une couche de nostalgie aux effets spéciaux très eighties, façon "Hook", effet fée clochette.

L’esthétique de parc d’attraction et la mièvrerie Disney évacuent la noirceur de Dahl tout au long de la première partie. La deuxième voit BGG et Sophie repartir en Angleterre, chez the Queen. Les gros moyens sont enfin mis à la disposition de scènes savoureuses, notamment un english breakfast géant.

On était en droit d’attendre bien davantage de la rencontre de réalisateur de "E.T." avec l’auteur des "Minuscules". Restent un plaidoyer pour le végétarisme et un sensationnel Mark Rylance. L’acteur fétiche de Spielberg use avec talent de son visage incroyablement parlant et de sa voix au service de la poésie de Roald Dahl. Avec son débit et ses intonations, il tire le meilleur parti des "mots collés", du fantasticulaire et rigolotique vocabulaire du bon gros géant.


"Le Bon Gros Géant" : Quand Spielberg vaut que dalle
©IPM

 Réalisation : Steven Spielberg d’après Roald Dahl. Avec Mark Rylance, Penelope Wilton, Rebecca Hall, Ruby Barnhill.1h57