"Folles de joie" : Vol au-dessus d’un nid de ragazze

Valeria Bruni-Tedeschi en aristocrate déjantée et bipolaire. Un grand Virzì.

Alain Lorfèvre

Valeria Bruni-Tedeschi en aristocrate déjantée et bipolaire. Un grand Virzì.

Merveilleux Paolo Virzì ! Le réalisateur italien réussit une virevoltante comédie douce-amère là où d’autres auraient signé un mélo lacrymal. Les "Folles de joie", du très approprié titre français, sont Beatrice (Valeria Bruni-Tedeschi) et Donatella (Micaela Ramazzotti). Question folie et joie, c’est surtout la première qui les porte. Cette aristocrate bipolaire a côtoyé Berlusconi, Clinton (Bill : "drôle" et "charmant"; Hillary : "stronza !") et a encore le numéro de George Clooney ou du domicile d’Armani dans son portable. Mais assignée dans une résidence de campagne champêtre pour avoir fait imploser son ménage comme la fortune familiale, elle ronge son frein en prétendant diriger à la baguette, personnel médical comme patients.

Volubile, acerbe, Beatrice voit un jour arriver Donatella, jeune femme brisée par la vie. La première met rapidement la main sur la seconde en se faisant passer pour un médecin - hilarante scène de rencontre. Entre les deux, une alliance contre nature se noue bientôt. Et le jour où une opportunité d’échapper belle se présente, Beatrice la saisit, emmenant Donatella dans son sillage.

Le fond est grave, mais la forme opportunément légère et la tonalité sensible. "Folles de joie" se déroule sous les lumières solaires et dans les paysages colorés de la Toscane. Virzì s’appuie sur ses deux comédiennes avec inspiration. Valeria Bruni-Tedeschi n’en fait jamais trop, malgré les excès inhérents à son vibrionnant personnage. Face à elle, Micaela Ramazzotti, en brune ténébreuse, marquée dans et sur sa chair d’une vie qu’on devine misérable, module son désespoir pour ne jamais sombrer dans le pathos convenu. Le ressort paraît vieux comme la commedia dell’arte ou le buddy movie, mais l’opposition se module avec finesse et vivacité.

Les dialogues, parfois pétaradants, rappellent aussi le meilleur de la comédie italienne des années cinquante-soixante. Mais l’écho est lointain. Virzì compose une autre partition, ancrée aussi dans les réalités du temps. Il évite l’écueil social, qui aurait emmené son film sur des sentiers plus cabossés, et s’autorise la joie et la folie, totalement libérées, débridées.

Dans sa dernière ligne droite, le réalisateur peut alors convertir l’essai, ouvrant la porte à l’émotion profonde et sincère. Il offre alors à ses personnages un espace de réconfort, qui vient ponctuer leur longue quête. Ce n’est pas un happy end, qui eut été trop convenu, mais une rédemption, pleine de douceur et de chaleur. Bravissimo, Maestro !


"Folles de joie" : Vol au-dessus d’un nid de ragazze
©IPM

Réalisation : Paolo Virzì.Avec Valeria Bruni-Tedeschi,Micaela Ramazzotti,… 1h55