"Les Confessions" : Cluedo financier et moral

Et si l’on remettait un peu d’humanité au cœur d’une réunion du G8 ?

Hubert Heyrendt

Et si l’on remettait un peu d’humanité au cœur d’une réunion du G8 ?

Moine chartreux, Salus (Toni Servillo) est convoqué, à sa plus grande surprise, à une très importante réunion du G8 dans un palace en bord de mer en Allemagne. Le directeur du FMI, le Français Pascal Rogé (Daniel Auteuil), l’a invité pour pouvoir se confesser. La décision que s’apprêtent à prendre les principales puissances économiques mondiales aura des conséquences telles pour l’avenir de l’humanité, que l’on comprend qu’elles pèsent sur la conscience des différents décideurs… Le lendemain matin, Roché est retrouvé mort dans sa chambre. Suicide ou assassinat ? Les responsables du G8 ont un week-end pour faire la lumière sur l’affaire, avant de l’annoncer au monde…

Roberto Andò ("Le Prix du désir", déjà avec Auteuil en 2004, et "Viva la libertà" en 2009) revendique dans "Le confessioni" une filiation directe avec "La Loi du silence" d’Hitchcock. Sauf que le cinéaste italien ne livre jamais le thriller attendu. Son film, il le conçoit plutôt comme une parabole pleine de malice. Andó insuffle en effet un petit côté Agatha Christie à son récit, avec une dizaine de coupables potentiels : les représentants des principales puissances économiques, un prêtre, une romancière pour ados, un chanteur engagé… Tout ce petit monde cohabite, s’espionne, complote pour tenter de percer la vérité et, pour certains, éviter qu’elle n’éclate au grand jour.

Il ne s’agit jamais pour Andò de prétendre au réalisme. "Le confessioni" sera donc une farce ludique mais très noire, qui dépeint l’état du monde actuel, où les hommes politiques ne sont que les pantins, plus ou moins complices, d’une idéologie dominante, celle des marchés financiers. Lesquels se comportent, comme l’explique le ministre italien des Finances, comme "une mafia moderne, intouchable car invisible".

Le point de vue n’est pourtant pas politique. Andò ne signe pas un film anticapitaliste militant. Le regard qu’il pose sur l’idéologie néolibérale est celui de la morale, de la religion chrétienne. Se promenant dans la nature, enregistrant les chants d’oiseaux, son moine est un saint François d’Assises moderne, sorte de double du pape François, dont il partage les vues économiques. Mais si Salus se place du côté des faibles, de ceux qui souffrent de la mondialisation à marche forcée, la critique n’émane pas directement de lui. Mais bien de ses interlocuteurs, qui confessent eux-mêmes le cynisme de concepts aussi creux que le "renversement de la courbe du chômage" ou le "retour à la croissance", tournures langagières vides justifiant les politiques d’austérité. Selon le principe néolibéral cauchemardesque de "destruction créatrice"

Autour de Servillo et Auteuil, on retrouve un casting international : Marie-Josée Croze, Mauritz Bleibtreu, Connie Nielsen, Stéphane Freis ou encore Lambert Wilson. De quoi offrir un panaché de jeux différents qui colle bien à l’atmosphère cosmopolite de ces réunions au sommet.

La présence de l’acteur fétiche de Sorrentino ainsi que la mise en scène ambitieuse et volontiers lyrique d’Andò font évidemment penser à "La grande bellezza" ou à "Il divo". Mais l’approche est différente. Face au cynisme du monde politique et financier, le réalisateur pose finalement un point de vue plus humaniste que religieux. La malice et l’œil pétillant de Servillo, une fois encore épatant, font que, même si assez bavarde et théorique, cette critique du néolibéralisme ne tombe jamais dans le prêche stérile. Il s’agit juste de replacer l’humain avant l’économie…


"Les Confessions" : Cluedo financier et moral
©IPM

Réalisation : Roberto Andò. Scénario : Roberto Andò. Avec Toni Servillo, Daniel Auteuil, Lambert Wilson, Marie-Josée Croze, Connie Nielsen… 1 h 37.