"Victoria" : Virginie Efira, mère célibataire un peu paumée

Une dramédie savoureuse, où la Belge charme dans son duo avec Vincent Lacoste.

Alain Lorfèvre

Une dramédie savoureuse, où la Belge charme dans son duo avec Vincent Lacoste.La vie de Victoria (Virginie Efira) est une galère. Avocate au barreau de Paris, mère séparée de deux petites filles, son baby-sitter la plante alors que son meilleur ami, Vincent (Melvil Poupaud), accusé d’avoir poignardé sa compagne, la supplie de le défendre malgré le conflit d’intérêts.

Entre séances chez son psy, chez sa voyante et ses tentatives - ratées - de sexe via des sites de rencontres, sa vie privée vire au fiasco quand son ex, David (Laurent Poitrenaux), ne trouve rien de mieux que de signer sur un blog une autofiction révélant affaires et détails croustillants sur la vie de Victoria… Heureusement, Sam (Vincent Lacoste), petit dealer et ex-client, surgit à point nommé pour jouer les squatteurs au pair.

Révélée en 2013 à Cannes avec "La Bataille de Solférino", œuvre plus politique, Justine Triet revenait cette année à la Semaine de la Critique avec ce portrait d’une femme moderne, tiraillée entre vie professionnelle, privée et de famille.

Le thème n’est pas neuf, mais reste dans l’air du temps, comme le sait Bridget Jones. Sans tomber dans le film à thèse, évitant la caricature de la lutte des sexes, et jouant le plus souvent de l’humour et du second degré, la réalisatrice ne cache pas pour autant son constat : nos vies occidentales carriéristes débouchent sur des ruines affectives, et les femmes en paient généralement le plus lourd tribut.

Les hommes ne sont guère à leur avantage. Vincent est égocentrique, David un pervers narcissique. La manipulation est leur fort. Seul Sam, homme-enfant d’abord, s’avère le plus fiable et le moins intéressé, malgré les apparences. Un vrai gentil.

Victoria, elle, recherche ce fragile équilibre qu’elle a perdu - en essayant toutes les thérapies et médecines alternatives possibles. L’épiphanie ne viendra pourtant que via le moins politiquement correct des expédiants.

"Victoria" n’est pas une grande comédie, future classique du genre. Mais elle remplit son office, grâce notamment au naturel - et aux nuances, mine de rien - de Virginie Efira.

Premier rôle, portant l’essentiel du film, la Belge excelle ici autant dans la comédie que dans l’émotion - même si le scénario et la mise en scène sont un peu timorés dans le dernier registre. Elle est belle, charmante, désarmante, sans se transformer pour autant en femme fatale. Une fille d’à côté et à côté de ses pompes, comme on en croise tant, qui aimerait encore croire en l’amour à défaut du prince charmant.

A l’instar de celui de leurs personnages, le duo que forme la comédienne avec Vincent Lacoste (égal à lui-même, donc excellent) fonctionne à plein régime. Les autres seconds rôles ne déparent pas l’ensemble, transformant cette dramédie sympathique en cocktail rafraîchissant à défaut d’être totalement enivrant. Comme on le constatera à l’écran, ce film a même du chien.

"Victoria" : Virginie Efira, mère célibataire un peu paumée
©IPM

Réalisation : Justine Triet. Avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud, Laurent Poitrenaux… 1h37