"Adama" : Une mémoire capitale mais édulcorée

Le destin des tirailleurs sénégalais aux trop grandes libertés artistiques.

Alain Lorfèvre
"Adama" : Une mémoire capitale mais édulcorée

Le destin des tirailleurs sénégalais aux trop grandes libertés artistiques.

Quelque part en Afrique de l’Ouest, Samba disparaît la veille de sa cérémonie de passage à l’âge adulte. Il quitte le refuge de la vallée où réside sa tribu pour rejoindre "le monde des souffles" des Nassaras, les Blancs. Son jeune frère, Adama, décide de partir à sa recherche. Arrivé à la ville côtière, il apprend que son frère s’est engagé dans l’armée des Nassaras et a déjà été envoyé par-delà l’océan pour combattre. Adama monte clandestinement sur un navire, bien décidé à retrouver son Samba quoiqu’il lui en coûte…

"Adama" est un film d’animation partant d’une idée noble : évoquer le destin des tirailleurs sénégalais, qui combattirent pour l’empire français durant la Première Guerre mondiale. L’esthétique est originale : des sculptures des personnages ont été modélisées numériquement pour l’animation. Une mise en couleurs évoquant la peinture à l’huile a ensuite été appliquée. Le résultat synthétise un rendu traditionnel, avec la fluidité de la 3D.

Au fur et à mesure du périple d’Adama, les couleurs se font plus ternes, la lumière disparaît. Plus l’enfant monte vers le nord, plus le spectre de la guerre transparaît. Le froid, la pluie, le climat mortifère sont palpables.

Si la direction artistique est à la hauteur du sujet, le récit l’est moins. Paradoxalement, le scénario édulcore les faits. Samab s’engage volontairement et pour l’argent, quand tant de jeunes hommes furent enrôlés de force, pour défendre "la mère patrie" coloniale. L’ampleur des massacres est à peine suggérée. Le racisme est pratiquement absent, contre toute évidence. Un voile pudique est aussi jeté sur la réalité des troupes coloniales : entre chair à canon ou bêtes de somme, ils ne furent jamais considérés comme les égaux de leurs frères d’armes de la Métropole.

Même par ellipse ou sans tomber dans la dénonciation sans appel, même visant un jeune public - sans doute pas dupe de ces réalités qui reviennent en force dans nos sociétés - une œuvre de mémoire se doit d’assumer toutes les composantes de son sujet, au risque, sinon, de confiner au déni. 


"Adama" : Une mémoire capitale mais édulcorée
©IPM

Réalisation : Simon Rouby. 1h22